Par Julie Peh
Dans ces publications, plusieurs marques sont citées, notamment Roma, Costa et Confort. Mais entre un témoignage de consommateur et la preuve d’un problème sanitaire, il existe une étape importante qui est le contrôle. Le premier travail consiste désormais à identifier les produits concernés à savoir la marque, référence, numéro de lot, date de fabrication, date limite de consommation, lieu d’achat et conditions de conservation. Ce sont ces informations qui permettront de déterminer s’il existe réellement un problème récurrent ou s’il s’agit de cas isolés.
Une conserve de sardines peut rester plusieurs mois sur une étagère. Pendant cette période, elle traverse plusieurs étapes : importation ou production, stockage, transport, distribution puis vente au consommateur. À chacune de ces étapes, une anomalie peut potentiellement apparaître. C’est pourquoi une véritable enquête sanitaire ne peut pas s’arrêter à la photographie d’une boîte publiée sur Internet. D’où vient le produit ? Qui l’a importé ? Quel est son numéro de lot ? Où a-t-il été stocké ? Depuis combien de temps ? Et surtout : les mêmes anomalies sont-elles retrouvées sur plusieurs boîtes provenant du même lot ?

Ce sont les premières questions auxquelles il faut répondre. Le Cameroun dispose d’un dispositif de contrôle des denrées alimentaires. Les services compétents du ministère de la Santé sont notamment chargés de surveiller la qualité des aliments, d’inspecter les lieux de production, de stockage et de commercialisation et de procéder à des prélèvements pour analyse. Les produits alimentaires sont également soumis à une procédure d’Autorisation de mise en consommation.
Le ministère du Commerce intervient parallèlement dans la surveillance du marché. Mais lorsqu’une alerte apparaît, la question n’est pas seulement de savoir si les mécanismes existent sur le papier. La question est de savoir s’ils fonctionnent rapidement lorsqu’un risque potentiel est signalé. C’est ici que les autorités doivent apporter des réponses. Des échantillons des produits dénoncés peuvent-ils être prélevés ? Les lots concernés peuvent-ils être retracés ? Les résultats des analyses peuvent-ils être rendus publics ? Les importateurs et distributeurs disposent-ils des documents permettant d’établir l’origine et la conformité des produits ?
Ces vérifications permettraient également d’éviter un autre danger à savoir la condamnation publique d’une marque sur la base d’une rumeur. Une conserve défectueuse ne signifie pas nécessairement que toute la production est contaminée. Elle peut correspondre à un lot particulier ou à un problème intervenu dans la chaîne de stockage et de distribution. Seule une investigation complète peut permettre de faire la différence. Mais il serait tout aussi irresponsable de minimiser plusieurs témoignages concordants sans chercher à les vérifier.
Pour les consommateurs, une règle simple s’impose : lorsqu’une conserve présente une anomalie manifeste emballage gonflé ou fortement déformé, fuite, odeur inhabituelle ou contenu suspect après ouverture il vaut mieux ne pas la consommer. La boîte doit être conservée avec son numéro de lot et ses autres informations de traçabilité. Une photographie peut compléter le signalement, mais elle ne remplace pas le produit nécessaire aux analyses.
Pour l’instant, les réseaux sociaux ont lancé l’alerte. Il appartient maintenant aux autorités sanitaires, aux importateurs et aux distributeurs de faire parler les faits. Parce qu’en matière de sécurité alimentaire, une rumeur ne suffit pas pour condamner un produit. Mais une alerte ne devrait jamais être suffisamment banale pour être ignorée.
