Par Zobel A. Mbon
La question foncière a cristallisé l’essentiel des débats pendant cette vaste tournée. Pour apaiser les crispations, la Socapalm a réaffirmé le cadre réglementaire selon lequel seul le Ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières est compétent pour trancher, et ses équipes sont actuellement à l’œuvre pour matérialiser les limites des concessions. Seules les superficies effectivement exploitées resteront dans le portefeuille de l’entreprise, le surplus, notamment les parcelles non plantées et les abords des cours d’eau, devant être reversé à l’État pour réintégration au domaine national. À Kienke, les parties ont convenu qu’aucune validation du nouveau plan cadastral n’interviendrait sans un examen approfondi des réserves émises par les populations. À Dibombari, la communauté de Bomono Gare réclame 600 hectares et se souvient de la promesse des 2 500 hectares évoquée lors de la tripartite de janvier 2025, il a été proposé de convoquer une nouvelle tripartite avant la fin de l’année 2026 afin d’apporter une clarification définitive.
Sur le plan social, la tendance est au concret et à l’intelligence collective. À Kienke, l’enveloppe de 18 millions de Frs Cfa prévue pour 2026 ne sera plus émiettée en intrants agricoles, elle sera réorientée vers du matériel pérenne et utile, à savoir un groupe électrogène et une débroussailleuse par communauté. Dans la Sanaga-Maritime, les chefs de Déhané, Mpongo et Koukoué ont fait preuve d’innovation en mutualisant leurs dotations de 2 millions chacun pour constituer une cagnotte de 6 millions, destinée à financer une réalisation d’envergure telle qu’un élevage piscicole ou bovin, une case communautaire ou un forage. À Bomono Ba Mbengue, le bilan est contrasté entre un forage en attente de raccordement et un château d’eau inauguré le 19 juin 2025 qui fait la fierté locale, tandis que Bomono Gare, Kende et Mbonjo envisagent l’adduction en eau et la création de fermes agricoles.
La sécurité et l’employabilité ont également nourri les discussions. Les comités de vigilance ont apprécié les kits et équipements de communication remis en juin dernier la Socapalm précisant qu’il s’agissait d’un soutien ponctuel prise en mars 2026 avec les autorités à la suite d’une réunion de crise. S’agissant de l’emploi, de nombreux jeunes déplorent un déficit d’information sur les opportunités, tandis que certaines familles dénoncent des licenciements jugés abusifs. Si à Koukoué l’annonce de recrutements élargis aux proches des chefs a été saluée, à Kende le travail à la tâche est perçu comme marqué par le tribalisme, une accusation que la Socapalm conteste en soulignant que les embauches obéissent uniquement aux besoins des plantations. L’entreprise s’est engagée à examiner les cas signalés et à porter la question de la préférence locale au niveau de la Direction Générale.
Enfin, la Socapalm a mis en avant ses nouveaux référentiels de transparence et de durabilité. Le traitement des doléances migre vers Oulula la plateforme du groupe Socfin joignable via un numéro vert gratuit, un QR code ou WhatsApp, où chaque requête est consignée avec un numéro de suivi et instruite en toute confidentialité dans des délais encadrés. Sur le plan environnemental, la société a réitéré ses engagements ISO 14001 et RSPO, avec la sauvegarde des cours d’eau et des zones à haute valeur de conservation, la maîtrise des effluents dans des lagunes dédiées et la sécurisation des domaines désormais confiée à la société DAK, qui succède à Africa Security. À Mbimbe, la tripartite s’est achevée sur une feuille de route précise : arrêté préfectoral proscrivant les pressoirs artisanaux, achèvement des chantiers d’eau et d’électricité par la Socapalm, et institution de comités villageois pour la gestion des micro-projets.
Les bipartites et les tripartites de septembre 2026 racontent la même histoire sous deux formats complémentaires. Les bipartites, au plus près des villages, ont servi de laboratoire d’écoute où les problèmes fonciers ont été décortiqués, où le social est passé de l’assistance dispersée à l’équipement durable et mutualisé, et où les frustrations liées à la sécurité et à l’emploi ont été posées sans tabou.Les tripartites, à Kienke et Mbimbe, ont quant à elles joué leur rôle d’instance d’arbitrage et de validation, en plaçant l’administration au centre du jeu foncier et en transformant les doléances en engagements écrits et traçables.
