Par Ilyass Chirac Poumie
Paris, 30 septembre 2026 (Panorama Papers) – Calixthe Beyala interpelle vivement Pierre Assouline sur le traitement réservé aux écrivains dans le débat sur l’intelligence artificielle. Prenant la défense de Thélyson Orélien, elle place l’équité au centre de sa déclaration : toute vérification de l’authenticité d’une œuvre doit, selon elle, répondre aux mêmes critères pour tous les auteurs.
« Avez-vous […] passé tous les livres de la rentrée littéraire au détecteur d’écrits générés par l’IA ? », demande-t-elle au critique, qu’elle désigne ironiquement comme « le directeur de la conscience littéraire française ».
L’écrivaine affirme clairement sa position sur la création : « Je condamne fermement l’usage de l’IA pour l’écriture d’un roman. » Mais cette opposition s’accompagne d’une exigence de cohérence. Elle demande pourquoi un auteur ferait l’objet de vérifications particulières si les autres ouvrages de la même rentrée ne sont pas examinés selon une méthode identique.
Calixthe Beyala inscrit cette interpellation dans son différend ancien avec Pierre Assouline. « Vous m’aviez accusée de plagiat sur une phrase », écrit-elle, avant de lui reprocher d’avoir étendu cette mise en cause à l’ensemble de son travail : « Vous disiez que je ne les écrivais pas. »
Elle décrit cet épisode comme une période de « persécution » et d’« acharnement », dont elle affirme avoir subi de lourdes conséquences psychologiques. Elle réclame une vigilance comparable envers les autres écrivains : « J’attends encore que vous fassiez de même avec les livres de ceux qui partagent avec vous plus qu’une simple humanité. »
Dans cette lettre, elle reproche également au critique un décalage entre son soutien affiché aux auteurs noirs et le traitement qu’elle estime leur être réservé. « Un masque ! », lance-t-elle pour qualifier ces prises de position, exprimant sa défiance envers une reconnaissance qu’elle juge sélective.
L’écrivaine évoque Yambo Ouologuem et Jason Arday pour dénoncer les conséquences humaines des campagnes de mise en cause. Ces références prolongent son appel à considérer la dignité des auteurs et les blessures que peuvent provoquer des accusations publiques répétées.
Elle termine en revenant à sa question centrale : « Monsieur Pierre Assouline et compagnie, avez-vous procédé à la vérification de tous les livres de la rentrée littéraire […] ? »
À travers cette insistance, Calixthe Beyala réclame une règle commune : examiner les œuvres avec la même rigueur, appliquer les mêmes méthodes et accorder à chaque écrivain une égale considération, sans distinction d’origine.
Emprunts contestés, mais consécration littéraire : le paradoxe Houellebecq
Michel Houellebecq a reçu le prix Goncourt en 2010 pour La Carte et le Territoire, malgré les accusations concernant des passages repris de Wikipédia et d’autres sources. Il défendait ces emprunts comme un procédé de « tissage » littéraire. La controverse n’a donc pas empêché sa consécration.
Ce contraste pose la question du deux poids, deux mesures : pourquoi reconnaître à un écrivain la possibilité d’expliquer ses emprunts comme une démarche de création, tandis que d’autres voient la paternité même de leurs œuvres remise en cause ?
C’est sur cette différence de traitement que porte l’interpellation de Calixthe Beyala. La reconnaissance d’un auteur ne devrait pas lui garantir une indulgence refusée aux autres. Si une démarche mérite d’être examinée et contextualisée, chaque écrivain doit bénéficier de cette même considération.
L’attribution du prix ne suffit pas à expliquer comment le jury a apprécié la polémique. Elle établit néanmoins un fait : les emprunts contestés de Houellebecq n’ont pas fait obstacle à la plus prestigieuse récompense littéraire française. Une contradiction qui nourrit pleinement l’exigence de critères communs défendue par Beyala.
