Par Joël Onana
Yaoundé, 8 octobre 2026 (Panorama Papers) – Le débat sur l’alternance au Cameroun s’enrichit d’une contribution qui ne mâche pas ses mots. Me Christian Ntimbane Bomo, président exécutif du parti Héritage, dit avoir lu « avec un grand intérêt » la tribune de plusieurs acteurs de la société civile — la journaliste Marie-Roger Biloa, l’écrivain et universitaire Achille Mbembe, le bâtonnier Akere Muna, l’économiste Eugène Nyambal, le cinéaste Jean-Pierre Bekolo, ainsi que les journalistes Éric Chinje et Mimi Mefo — qui proposent une transition constitutionnelle conduite par le président du Sénat. Une proposition « certes pertinente et courageuse » au vu du blocage de la vie politique, concède-t-il, mais qui mérite selon lui de sérieuses observations.
Premier grief : l’absence de base juridique solide. D’après la Constitution camerounaise, rappelle l’avocat, le président du Sénat assure uniquement un intérim aux pouvoirs limités et encadrés — avec notamment l’impossibilité de nommer un gouvernement — le temps d’organiser une nouvelle élection. « On ne saurait donc parler d’une transition constitutionnelle dans ce cas », tranche-t-il : celle-ci suppose la désignation d’un président chargé de conduire la transition sur un délai plus long, avec de réels pouvoirs présidentiels.
Second grief : le manque d’ancrage populaire. La proposition « ne démontre pas sa légitimité auprès des populations et manque totalement de leviers pour sa mise en œuvre » : elle ne précise pas, selon lui, comment amener le peuple camerounais à y adhérer.
Sa contre-proposition : « la seule transition constitutionnelle efficace et rapidement réalisable est celle avec Issa Tchiroma ». Un diptyque, dit-il : la souveraineté populaire — le peuple aurait « déjà accepté » cette transition en votant le 12 octobre 2025 pour le plan de 3 à 5 ans de l’Union pour le Changement de l’équipe du président Anicet Ekane, défendu par le candidat Issa Tchiroma Bakary ; et le respect de la Constitution — est déclaré président de la République le candidat ayant obtenu la majorité des voix, le Conseil constitutionnel ne faisant que « proclamer » les résultats sortis des urnes, sans pouvoir discrétionnaire. « La fraude corrompt tout », martèle Me Christian Ntimbane Bomo : toute proclamation contraire au vote du peuple serait « sans effet juridique ».
En conclusion, la transition ne trouverait son fondement que dans « la reconnaissance de la vérité des urnes du 12 octobre 2025, qui consacre inéluctablement la victoire de M. Issa Tchiroma Bakary ». À moins que ce dernier ne s’en récuse volontairement : il faudrait alors, selon l’avocat, envisager une transition purement politique, décidée dans le cadre d’une conférence nationale souveraine.
Une contribution qui relance le débat sur la succession à sa manière : entre transition « par le haut » et vérité des urnes, les démocrates camerounais restent divisés sur la voie de l’alternance.
