Par Léopold DASSI NDJIDJOU
Dans une publication du 14 juillet 2025, faisant suite à la déclaration de candidature de Paul Biya, le Messager tirait à la Une: “Nous sommes foutus”. Ce “nous”, pronom personnel à la première personne du pluriel rappelle encore fortement la proximité de ce journal dans la bataille quotidienne du peuple, de la masse laborieuse pour un mieux-être dans son pays. “A l’écoute du peuple”, ce credo qui lui est congénital l’a propulsé résolument en première ligne dans la conquête des libertés, du combat contre les injustices et les inégalités sociales de toutes sortes, d’où qu’elles viennent. C’est cela Le Messager.
Un journal préoccupé par ce qui ne va pas, engagé dans la critique des dérives sociales, de la magouvernance et des maux sociaux. Le Messager, parle davantage du train qui n’arrive pas à l’heure, du verre à moitié vide avec le ton haut et un verbe d’action sans nuance. “Ils l’ont tué”, est un autre titre de Le Messager,qui rendait compte de la mort de Gervais Mendoze. Un homme du sérail mais qui a quitté ce monde ayant perdu les faveurs du régime, puisqu’il est décédé en prison. Cela n’a pas empêché au journal de Njawe de prendre fait et cause pour lui . “Ils” s’oppose au “nous” du titre précédent. Le monde existe avec ces deux grandes communautés politiques visibles généralement en désaccord : eux et nous.
C’est donc dire que Le Messager se place du côté de “nous”, c’est-à-dire le peuple, dans tous les antagonismes contre les politiques “ils”. La question posée, comme on l’entend souvent dire ces derniers temps, est de savoir si Le Messager est désormais plus à l’écoute du pouvoir “eux” que de “nous”, le peuple. Autrement dit, il se susurre que depuis le départ de Pius Njawe pour l’éternité, il y a aujourd’hui 15 ans, son média a abdiqué devant les challenges qui sont les siens, un journal quine va plus aux charbons avec les autorités comme il en allait par le passé.
Une vue de l’esprit ou une réalité ? Il faut avouer tout de même que plusieurs directeurs de publication (Dp), 4 précisément, se sont succédé tant bien quel mal sur le fauteuil de Nyawe. Questions: Ont-ils toujours eu la niaque qui dévorait le natif de Babouantou? Ont-ils toujours eu les coudées franches pour remplir sereinement leur sacerdoce qui ne s’accommode pas de collusions avec le pouvoir? En dehors de Jean François Channon, l’actuel Dp en poste depuis 2017, les 3 autres ont eu une moyenne de 2 ans en fonction.
Cette situation dénoterait-elle d’une certaine difficulté que les ayants droits de Njawe auraient à faire tenir le flambeau par les différents Dp comme il convient? En dépit de ces interrogations insolubles ici, il convient tout de même de reconnaître que Le Messager est entré avec l’ensemble de la presse privée camerounaise dans une zone de turbulence sans fin. A ce niveau, seuls les plus avertis, avisés, professionnels s’en sortent sans coup férir.
La situation est pénible certes mais comment comprendre ou justifier que dans un journal, des femmes et des hommes de médias travaillent sans salaire? Comment font-ils donc pour vivre? Et si les journalistes n’ont pas de salaires et autres commodités liées à leur profession, pourquoi ne manifestent-ils donc pas? Là est toute la problématique.
Faudrait-il rester exclusivement près du peuple, ce peuple qui n’a rien de substantiel à apporter, au point de mettre les clés sous le paillasson? C’est là le cœur du dilemme. Écouter le peuple, oui, mais d’où viendra l’encre pour dire ces préoccupations? Là où on prend de l’encre, là est son cœur comme on récolte le miel dans une ruche.
En ce qui concerne Le Messager, il est fort établi depuis des lustres qu’il s’agit d’une tribune, d’un esprit qu’on ne saurait acheter. Quand Le Messager aurait encenser le président de la République ou un de ses ministres ce jour, rien ne lui interdit de lyncher la même personnalité sans état d’âme si elle était répréhensible de par ses faits. C’est là l’esprit Messager. Alors, Le Messager toujours à l’écoute du peuple? Bien sûr et plus que jamais de toute évidence, mais pris au piège de tous les toussotements dont fait face toute la presse privée camerounaise.
