Accueil » Cameroun | Absence prolongée de Paul Biya: La société civile alerte sur un « cul-de-sac institutionnel »

Cameroun | Absence prolongée de Paul Biya: La société civile alerte sur un « cul-de-sac institutionnel »

Action Civile 237 réclame des informations vérifiables sur la capacité du chef de l’État à exercer ses fonctions et met en garde contre toute succession extra-constitutionnelle.

by world top news
0 comments

Par Ilyass Chirac Poumie, et Paulin Yanga

Réunies ce jeudi 20 août 2026 à Yaoundé, plusieurs organisations de la société civile camerounaise ont exprimé leur inquiétude face à l’absence prolongée du président Paul Biya et aux incertitudes entourant la continuité de l’État.

Dans une déclaration intitulée « La République n’est pas un secret d’État », Action Civile 237 rappelle que le chef de l’État a quitté le Cameroun le 7 juin pour un « court séjour privé » en Europe. Soixante-treize jours plus tard, aucune date officielle de retour n’a été communiquée et aucune apparition publique, image récente et vérifiable ou adresse à la nation n’a été diffusée.

Le collectif estime que cette situation ne relève plus d’un simple déficit de communication, mais d’une « confiscation de l’information d’État par un cercle privé ». Il s’interroge ouvertement sur la capacité effective du président de la République à exercer la plénitude de ses fonctions.

La société civile relève notamment les contradictions du ministre de la Communication qui, lors d’une intervention accordée le 2 août à une radio internationale, avait assuré que Paul Biya était vivant, qu’il n’avait pas démissionné et qu’il n’était pas hospitalisé, tout en renvoyant les journalistes vers « ceux qui sont avec lui » à Genève pour obtenir davantage de précisions.

Selon Action Civile 237, cette réponse révèle que l’information concernant la situation du chef de l’État est détenue par un entourage privé plutôt que par les institutions constitutionnellement responsables devant la nation.

Un mécanisme de vacance jugé bloqué

Sur le plan juridique, les organisations signataires estiment que le Cameroun se trouve dans un « cul-de-sac institutionnel ». Elles rappellent que la Constitution prévoit la vacance de la présidence en cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif constaté par le Conseil constitutionnel.

Or, selon leur lecture de la législation adoptée après la révision constitutionnelle d’avril 2026, le Conseil constitutionnel doit être saisi par le vice-président de la République. Ce poste n’ayant toujours pas été pourvu, aucune autorité ne disposerait actuellement de la qualité nécessaire pour engager la procédure de constatation d’un éventuel empêchement définitif.

Action Civile 237 demande ainsi au Conseil constitutionnel de préciser publiquement quelle autorité peut le saisir lorsque le poste de vice-président est vacant. Le collectif invite également les deux chambres du Parlement à convoquer une session extraordinaire afin de modifier la loi et d’élargir cette saisine au gouvernement, aux présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale, voire aux citoyens par voie de pétition.

Les signataires exigent par ailleurs la publication de toutes les délégations de signature ou de pouvoirs en vigueur à la présidence de la République. Ils estiment que la publication de décrets depuis le départ de Paul Biya, notamment ceux du 3 août concernant le commandement militaire et la garde présidentielle, ne suffit pas à démontrer que le chef de l’État les a personnellement décidés.

Démission ou exercice effectif du pouvoir

La déclaration demande à Paul Biya d’assumer « pleinement » ses fonctions ou de démissionner officiellement. Si le président n’est pas en pleine capacité d’exercer son mandat, Action Civile 237 réclame la convocation sans délai d’assises nationales pour sortir le pays de l’impasse institutionnelle.

Le collectif annonce également la création d’une cellule citoyenne de crise chargée d’assurer une veille permanente. Des concertations doivent être engagées avec les responsables religieux, les acteurs politiques et les opérateurs économiques afin de préparer une transition apaisée dans le respect de l’ordre constitutionnel.

Les organisations signataires mettent toutefois en garde contre toute tentative prématurée, militaire ou extra-constitutionnelle de changement à la tête de l’État. Elles appellent les Camerounais à la vigilance, à la non-violence et à la citoyenneté active.

Le trafic de l’or également évoqué

Action Civile 237 inscrit cette crise institutionnelle dans un contexte plus large de mauvaise gouvernance. La déclaration revient notamment sur le scandale des exportations d’or camerounais : entre 2021 et 2025, les Émirats arabes unis ont enregistré environ 44 tonnes d’or provenant du Cameroun, alors que les autorités camerounaises n’en ont officiellement déclaré que 148 kilogrammes. La valeur du différentiel atteint près de 1 900 milliards de francs Cfa.

La société civile exige la publication intégrale du rapport de la commission d’enquête mixte mise en place sur cette affaire ainsi que l’ouverture de poursuites, sans considération de rang ou de proximité avec le sommet de l’État.

Elle demande enfin des garanties pour la liberté de la presse, la liberté d’expression et la sécurité des journalistes, des militants et des responsables politiques qui s’expriment sur la continuité de l’État.

La déclaration reste ouverte aux signatures jusqu’au 25 août. Parmi les premiers signataires figurent la Plateforme de la société civile pour la démocratie, 1 Monde Avenir, le REDHAC, Nouveaux Droits de l’Homme, Mandela Center International, Tournons la Page, Dynamique citoyenne et Solutions Cameroun.

You may also like

0 0 votes
Évaluation de l'article
Subscribe
Notify of
guest

0 Commentaires
Need Help? Chat with us
Panorama Papers
Support online
0
Would love your thoughts, please comment.x
()
x