Par Serge Aimé BIKOI
Comme les précédents témoins, elle a soutenu que si l’opération ayant conduit à l’assassinat de Martinez Zogo avait été exécutée par des agents de la Dgre, elle constituait, néanmoins, une initiative extérieure à l’institution et, particulièrement, à son service. De ces deux jours d’audition des trois témoins, Me Calvin Job, avocat des ayant-droits de la famille de Martinez Zogo, tire une leçon : celle relative au fait qu'”au sein de la Dgre, il n’y avait aucun fonctionnement structurel”.
En soutenant, dès l’entame de l’entretien qu’il a accordé aux journalistes à la fin de l’audience, qu’il y a une sorte d’anarchie où chacun pouvait utiliser le service de la Dgre pour ses besoins privés, Calvin Job relève que ce mécanisme permet de comprendre la chaîne de commandement et la chaîne d’organisation au sein de cet organe stratégique de l’État. C’est du moins ce qu’il retient, en substance, de l’opération ayant conduit à l’enlèvement, à l’interpellation et à l’assassinat de Martinez Zogo.
À la question de savoir si l’avocat au barreau du Cameroun valide la thèse de la mission parallèle ou s’il reste, a contrario, juché sur l’hypothèse d’une mission officielle, C. Job répond : “C’est un peu mitigé. D’un côté, on se dit que c’était une mission officieuse, mais contrôlée parce qu’on le maintient impossible d’organiser une telle opération sans que la hiérarchie ou le commandement ne soit au courant. D’autre part, on se dit, en écoutant les agents de la Dgre, qu’il y a une dysfonction interne qui permet à tout un chacun de faire ce qu’il veut. Une chose est sûre, les responsables de la Dgre étaient foncièrement au courant de cette opération”, explique l’avocat des ayant-droits de la famille de Martinez Zogo.
Pour ou contre le huis clos lors de la tenue des audiences ?
Bien de personnes estiment que les dépositions des témoins en l’état ne permettent pas la manifestation de la vérité parce que les audiences sont publiques. Les tenants de cette thèse sont, en réalité, favorables au huis clos tel que cela avait été exigé au départ. Relativement à cet aspect, C. Job affirme que ses confrères et lui ont soutenu cette proposition de huis clos parce qu’il était patent que certains ne soient pas libres de répondre aux questions. “Certains disent même qu’ils ne sont pas habilités à répondre à tel type de question ou pas. Cela freine la manifestation de la vérité”, indique l’homme en robe noire.
Alors, le huis clos ne biaise-t-il pas les données au demeurant ? À cette question, Job réagit : “Les gens disent qu’ils seront plus à l’aise à dire des choses avec une certaine sérénité s’il y avait un huis clos. Le huis clos pourrait apporter une certaine liberté, voire une certaine franchise des agents de la Dgre”. De toute évidence, le fait que les audiences soient publiques continue de mettre mal à l’aise des agents de la Dgre, prompts à être réticents à répondre à certaines questions. Surtout qu’il y a, dans l’assistance, des superviseurs de la Dgre qui écoutent tout ce qui se dit. Le président du tribunal a beau leur demander de se lâcher en leur disant qu’il n’y a pas de piège, cette attitude d’assurance ne les dispense guère de garder mutisme devant des questions, a posteriori, jugées tendancieuses et difficiles à répondre quand on sait qu’elles les incitent à révéler les mécanismes internes de fonctionnement de la Dgre.
