Accueil » Cameroun | Crise post-électorale: 1264 cas de violations des droits humains documentés par Nouveaux droits de l’homme et ses partenaires

Cameroun | Crise post-électorale: 1264 cas de violations des droits humains documentés par Nouveaux droits de l’homme et ses partenaires

C'est le constat que vient de faire Cyrille Rolande Bechon , directrice exécutive de Nouveaux droits de l'homme(Ndh), qui était accompagnée d'une vingtaine de leaders d'organisations de défense des droits humains cosignataires.

by world top news
0 comments

Par Serge Aimé BIKOI

C’était dans le cadre de la présentation du rapport sur les droits humains à l’épreuve des urnes. Il s’agit d’un rapport sur les violations des libertés fondamentales et autres violations liées à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 au Cameroun. Document qui a été présenté ce jeudi à Yaoundé au Centre sous-régional des Nations unies pour les droits de l’homme et la démocratie en Afrique centrale.

Depuis la tenue de l’élection présidentielle du 12 octobre jusqu’à la période post-électorale au Cameroun, Nouveaux droits de l’homme, le Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (Redhac) et des partenaires associatifs ont, au terme de l’usage du système de monitoring Simone, recensé 540 victimes, survivantes parmi les 1264 cas de violations des droits humains documentés. “Les incidents recensés concernent principalement 29 atteintes à l’intégrité physique, 135 arrestations arbitraires, 168 intimidations et menaces, 108 restrictions des libertés fondamentales et 100 autres cas de violations, ainsi que plusieurs cas d’agressions physiques et d’autres atteintes. Ces violations ont aussi bien affecté les acteurs politiques que les militants journalistes, défenseurs des droits humains, observateurs citoyens et simples citoyens exerçant leurs libertés publiques”, indique Cyrille Rolande Bechon

La directrice exécutive de Nouveaux droits de l’homme, note que l’analyse géographique révèle une concentration des incidents dans les régions du Littoral, du Nord et de l’Extrême-Nord, qui représentent les principaux foyers de violations documentés. D’autres régions, notamment le Centre, l’Adamaoua et l’Est enregistrent également un nombre significatif d’incidents. Pour la patronne de Ndh et ses associations collatérales cosignataires, “cette répartition traduit l’impact différencié des dynamiques politiques locales, des opérations de maintien de l’ordre, des enjeux sécuritaires et des mobilisations citoyennes sur la situation des droits humains”.

Fait marquant dans ce rapport: le profil des victimes met en évidence une vulnérabilité particulière des jeunes. En effet, plus de quatre victimes documentées sur cinq appartiennent à la tranche d’âge de 15 à 25 ans, tandis que les hommes représentent une très large majorité des personnes affectées. Les personnes sans emploi constituent le groupe socioprofessionnel le plus exposé, même si les journalistes, enseignants, acteurs politiques, membres de la société civile et défenseurs des droits humains figurent également parmi les victimes. Ces données illustrent, de fond en comble, l’exposition singulière de la jeunesse aux tensions électorales et soulignent la nécessité de renforcer les mécanismes de prévention, de dialogue et de participation citoyenne. Au-delà des chiffres, le rapport met en lumière trois tendances préoccupantes:

  1. Le recours récurrent aux mesures restrictives limitant l’exercice des libertés d’expression, de réunion pacifique et d’association. À titre illustratif, plusieurs rassemblements publics ont été interdits ou dispersés alors que des arrestations préventives et des mesures d’intimidations ont contribué à réduire les possibilités d’expression politique durant la campagne électorale.
  2. La deuxième tendance porte sur l’usage disproportionnel de la force dans certaines opérations de maintien de l’ordre. Par exemple, les interventions des forces de défense et de sécurité ont, dans plusieurs cas documentés, conduit à des arrestations arbitraires, à des violences physiques et à des atteintes au droit à l’intégrité physique, soulevant des interrogations sur le respect des principes de nécessité, de proportionnalité et de responsabilité.
  3. La troisième tendance concerne les restrictions affectant le travail des journalistes, des observateurs citoyens et des défenseurs des droits humains. À témoin, les pressions, intimidations, menaces et limitations de l’accès à certaines informations ont réduit la capacité des acteurs indépendants à documenter les événements et à exercer librement leurs activités de surveillance.

* Une ébauche des recommandations faites au gouvernement, aux forces de sécurité, à Elecam, à la commission des droits de l’homme du barreau, aux partis politiques et aux Organisations de la société civile (Osc)

Au gouvernement, Nouveaux droits de l’homme et ses partenaires associatifs recommandent de garantir pleinement les libertés d’expression, d’association et de réunion pacifique, de veiller au strict respect des garanties procédurales lors des arrestations, d’ouvrir des enquêtes indépendantes sur toutes les allégations de violations conformément à la loi et de mettre en œuvre des réparations effectives pour les victimes.

Aux forces de défense et de sécurité, les organisations de défense des droits humains recommandent de renforcer les formations relatives aux normes internationales applicables au maintien de l’ordre, de privilégier les approches préventives et proportionnées dans la gestion des rassemblements publics et de renforcer les mécanismes internes de contrôle, de responsabilité et de sanction. À l’organe en charge de la gestion et de la supervision du processus électoral, Elecam et aux autres institutions intervenant dans cette mouvance, les Organisations de la société civile(Osc) préconisent un renforcement de la transparence, de la communication institutionnelle, de la participation citoyenne et des mécanismes de prévention des tensions avant, pendant et après les scrutins. Aux leaders des partis politiques, le rapport appelle au respect du code électoral, au rejet des discours de haine, de la violence, des incitations à la confrontation, ainsi qu’à la promotion d’un dialogue politique responsable.

À la commission des droits de l’homme du barreau camerounais, le rapport recommande d’accroître le suivi indépendant des violations électorales, d’améliorer la prise en charge des plaintes, de publier régulièrement des analyses publiques et de renforcer sa coopération avec les organisations de la société civile.

Enfin, aux organisations de la société civile, le rapport recommande de poursuivre les efforts de documentation, de protection des victimes, d’éducation civique, de sensibilisation et de veille citoyenne, tout en renforçant la coordination des Initiatives de monitoring électoral.

You may also like

0 0 votes
Évaluation de l'article
Subscribe
Notify of
guest

0 Commentaires
Need Help? Chat with us
Panorama Papers
Support online
0
Would love your thoughts, please comment.x
()
x
Send this to a friend