Par Georges Parfait Owoundi
Cet acte administratif et judiciaire vient prolonger l’incarcération d’un homme privé de sa liberté, au mépris des règles du Code de procédure pénale camerounais. En vertu de l’article 218 de ce code, la liberté est le principe et la détention provisoire demeure une mesure d’exception.
Pour les observateurs de la scène politique, ce énième renouvellement s’apparente à un acharnement factuel qui interroge profondément sur l’application réelle des textes de loi au Cameroun. L’affaire trouve sa source dans les remous d’un calendrier politique saturé. Le 27 novembre 2025, alors que le Cameroun traverse une crise post-électorale sous haute tension, marquée par des contestations et une surveillance accrue des leaders d’opinion, Parfait Mbvoum, président national du Forum républicain, est arrêté par les forces de l’ordre. Cette interpellation s’est déroulée selon un mode opératoire marquant : une intervention nocturne, menée de manière discrète, loin des regards. Le leader du Forum républicain(Fore) est alors conduit manu militari et incarcéré à la prison centrale de Kondengui, à Yaoundé.
Cette incarcération frappe un homme dont l’alignement politique récent est connu, puisqu’il avait publiquement soutenu la candidature d’Issa Tchiroma Bakary lors de la dernière élection présidentielle. Depuis cette incarcération nocturne, le vide judiciaire s’est installé. Les faits dessinent les contours d’une anomalie juridique au regard de la législation camerounaise. En sept mois passés derrière les barreaux de Kondengui, Parfait Mbvoum n’a été présenté devant aucun juge, qu’il soit d’instruction ou de jugement. Pourtant, l’article 170 du Code de procédure pénale dispose que l’inculpé doit être conduit devant le juge d’instruction dès sa première comparution afin de se faire notifier les motifs de son arrestation et ses droits, notamment celui de choisir un conseil. Cette absence totale de présentation prive l’accusé de son droit le plus fondamental : celui de connaître formellement les chefs d’accusation qui pèsent contre lui. Plus encore, cette inertie de l’appareil judiciaire omet le fait que l’homme politique dispose de toutes les garanties de représentation requises par la loi pour comparaître libre. Selon l’article 224 du Code de procédure pénale, toute personne légalement arrêtée peut bénéficier d’une mise en liberté d’office ou sous caution si elle présente des garanties suffisantes qu’elle se présentera devant la justice.
Personnalité publique, chef de parti et disposant d’un domicile connu, P. Mbvoum remplit les critères légaux pour collaborer avec la justice sans être privé de liberté. Pourtant, au lieu d’une mise en liberté, l’ordonnance de renouvellement est tombée, prolongeant son calvaire de 6 mois. Cette décision projette une ombre lourde sur la suite des événements. En cumulant les sept mois déjà purgés et les six mois de cette nouvelle prolongation, Parfait Mbvoum s’apprête à passer un temps préventif total de 13 mois dans les cellules de Kondengui, sans qu’aucune date d’audience n’ait été fixée. Le Code de procédure pénale camerounais, en son article 221, encadre pourtant strictement la durée de la détention provisoire, précisant qu’elle ne peut excéder six mois, renouvelable une fois pour les délits et deux fois pour les crimes. Mais ce renouvellement doit obligatoirement être justifié par le juge d’instruction par une ordonnance motivée, dictée par l’extrême nécessité de l’enquête. Lorsque l’accusation s’avère incapable de mener des actes d’instruction tangibles ou de confronter le prévenu à ses charges pendant plus d’un semestre, la prolongation de sa détention s’éloigne de l’esprit du texte législatif.
