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Cameroun > Eventuel coup d’Etat contre le candidat du Mrc: Réactions de la classe politique suite au discours de Maurice Kamto

C’est la quintessence du discours du leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) fait sur Facebook le vendredi 8 septembre dernier qui suscite ces différentes rections.  

Par panorama papers
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Par Léopold DASSI NDJIDJOU

« C’est avec consternation que nous avons pris connaissance de l’appel à la perpétration d’un coup d’Etat militaire dans notre pays en cas de victoire du candidat du Mrc au prochain scrutin présidentiel, appel lancé par le représentant officiel duRassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) au cours de l’émission “Droit de réponse” sur la chaîne de télévision Équinoxe, le dimanche 03 septembre 2023 », 

Explicite d’entrée de jeu Maurice Kamto.

Tout est parti d’une question du journaliste à ses invités sur le plateau de débat du dimanche, celle de savoir s’il peut y avoir une situation où au lendemain d’une élection présidentielle par exemple 2025 ou même 2032 l’armée camerounaise décide de prendre le pouvoir ? « Mais bien sûr que cette hypothèse peut arriver. Et ça peut arriver dans le cas de figure où le Mrc remporte les élections. Effectivement dans cette hypothèse là je vois très bien l’armée en train de prendre le pouvoir pour empêcher (un panéliste : et si c’est l’Upc ?) Permettez, j’ai parlé du Mrc et non de l’Upc. Donc s’il arrivait par impossible que le Mrc remporte les élections, je m’attends à ce que l’armée s’y oppose fermement », rapporte in extenso l’homme de droit. Il poursuit en livrant les justificatifs avancés du communicateur du Rdpc. « Pourquoi je dis ça ? Nous connaissons tous le fameux ……. milice tribale, humm ! Et ses avatars : milice bulu, milice beti ainsi de suite. Mais qui imagine les soldats camerounais conspués, y compris par le président du Mrc, accepter d’avoir ce Monsieur pour commandant en chef. Au Mrc on insulte l’armée camerounaise tous les jours, on la traite de de tous les mots. Mais je ne vois pas dans quelles conditions il peut y avoir une collaboration entre un parti politique qui a choisi d’avoir un discours anti républicain contre l’armée et cette armée-là qui est républicaine », avait assené le représentant du parti au pouvoir avant d’ajouter que  l’Upc, le Pcrn, l’Afp et autres n’ont jamais insulté l’armée du Cameroun. « Si l’un de ces partis gagne l’élection présidentielle un jour l’armée se mettra au service de son leader !!! Par contre, si c’est le Mrc ou un parti ayant investi le président du Mrc qui gagne, il y aura automatiquement un coup d’Etat », avait-il réitéré. Au Mrc, on a reçu ces déclarations comme celles du Rdpc car il n’y a pas eu la moindre condamnation ou désapprobation, encore moins des sanctions internes au parti, ni du gouvernement. « C’est donc en toute logique que le Mrc considère cet appel antipatriotique et antirépublicain comme étant celui du Rdpc, parti politique dont le président national, Monsieur Paul Biya, est aussi le président de la République en fonction ».

Appel à témoin et Eloge à l’Armée

« J’appelle les autorités en charge de protéger le moral de l’Armée ainsi que les autorités judiciaires, à se saisir de cet appel public au coup d’État lancé officiellement à l’Armée camerounaise par le Rdpc »,écrit Maurice Kamto en termes de sollicitation. « Je demande à la Communauté économique des États de l’Afrique centrale ( Ceeac), l’Union africaine (Ua), l’Onu, aux pays amis du peuple camerounais et à la Communauté internationale de manière générale de prendre acte du coup d’État en préparation, que le pouvoir en place au Cameroun a annoncé en cas de défaite de Monsieur Paul Biya ou de tout autre candidat du Rdpc ou promu par ce parti, face au candidat du Mrc au prochain scrutin présidentiel. Nul ne pourra prétendre n’avoir pas été au courant de ce qui se prépare contre notre parti et notre peuple », soutient-il avec une once de gravité. Par ailleurs, il signifie aux Camerounais de l’intérieur et de la diaspora, que cet appel du Rdpc au coup d’Etat, qui n’est rien d’autre qu’un appel public à l’atteinte aux Institutions de la République et à la sécurité de l’État, est un appel au piétinement de la Constitution, des lois de la République et du choix souverain du peuple camerounais. Dans son discours, il n’a pas aussi manqué de faire des éloges à l’Armée camerounaise. « Ceux qui appellent de manière éhontée cette Armée à renier son serment républicain en sombrant dans le déshonneur de l’univers glauque du coup d’État ignorent sans doute qu’il ne s’agit pas d’un ramassis de troufions et de soudards, mais d’une Institution dirigée par une élite bien formée, ayant une connaissance fine du pays et de ses ressources humaines », dit-il in extenso. Il précise par ailleurs que moins de deux ans après sa création, le Mrc a témoigné sa fidélité, son estime et son soutien à l’Armée nationale en organisant des dons de sang à travers le pays au profit de cette Armée engagée dans la lutte contre la secte terroriste Boko Haram. Il ajoute aussi que dans ce sens, plus individuellement, alors qu’il était tout jeune encore, il a eu le privilège rare de travailler avec des membres du haut commandement de cette Armée pendant plus de 17 ans sur des dossiers relatifs à la Défense des frontières du pays. « C’est dire si les Forces de sécurité et de défense camerounaises me connaissent personnellement, notamment dans mon engagement patriotique et mon immense respect pour leur sacrifice et leur professionnalisme », a relevé dans ce sens l’homme de droit tout comme son message de félicitations et d’encouragement adressé de façon exclusive en mai 2021 à la Grande muette. A la suite de ce discours, Le Messager donne la parole aux acteurs politiques et de la société civile. C’est le procès des coups d’Etat en Afrique.  

Réactions de la classe politique et de la société civile

Benoît Feudjieu, communicateur du Rdpc

« Le Rdpc condamne toute prise de pouvoir par des moyens autres que ceux prévues par la Constitution »

« L’actualité sur les coups d’État interpelle toute la planète, le Cameroun ne peut s’inscrire en marge de ce débat, toutefois il faut reconnaître que cette méthode d’accès au pouvoir est à condamner, peu importe les arguments et les embellissements qu’on s’arrange à y joindre. Les peuples africains relativement jeunes ont besoin d’une ère nouvelle, estimant par moment qu’ils sont victimes d’oppression suite à une forme de recolonisation portée par les accords coloniaux. Ce ressenti donne lieu à des interprétations quelques fois malencontreuses. Du coup certains arrivent à motiver la perpétration d’un coup d’Etat au détriment des principes démocratiques. Au Cameroun, depuis le 19 décembre 1990 date de la promulgation des lois sur les libertés, en l’occurrence la loi sur la libertéd’association permettant l’instauration du multipartisme, plusieurs formations politiques cohabitent pacifiquement  et mènent leurs activités en toute sérénité , pas qu’on n’y trouve quelques dérapages à corriger, mais dans l’esprit de saine bataille d’accession au pouvoir par l’unique voie prévue par la constitution. Le Cameroun est un pays démocratique et qui aspire à la perfection de celle- ci . On ne peut donc pas parler du coup d’Etat, quand on promeut la  démocratie. Peu importe d’où qu’il vient et contre qui. Le Rdpc dont la dénomination est fort évocatrice (Rassemblement démocratique du peuple Camerounais) condamne toute prise de pouvoir par des moyens autres que ceux prévues par la Constitution. Nul ne peut empêcher à un candidat victorieux aux élections  de bénéficier des mêmesprérogatives, qu’il s’appelle Kamto, Biya , Mamadou , Ekane ou Achidi,  qu’on vienne de l’est , de  l’ouest, du nord  ou du sud , tous ont les mêmes droits. Nous avons 329 partis politiques  d’égale considération. Ce sont les urnes qui définissent les valeurs et la hiérarchisation dans un Etat démocratique. Le Rdpcqui est un parti légaliste maintient que l’accès au pouvoir est libre à  tout citoyen dont l’issue des urnes lui est favorable. D’ailleurs l’Armée camerounaise qui, depuis la réforme de 2001 s’est vue moderniser sur trois volets clés : rajeunissement, professionnalisation et spécialisation connaît sa place et ses missions qui sont loin d’empêcher un vainqueur des élections à gouverner. »

Parfait Mbvoum, homme politique de l’opposition

« Ce qui se passe au Gabon est similaire au Cameroun » 

« En Afrique, la démocratie est complétement dévoyée. Certains s’y maintiennent par la force institutionnelle à travers des coups d’Etat constitutionnels et d’autres choisissent la voie militaire. Personnellement, je salue les coups d’Etat qui permettent de rééquilibrer les choses là où les démocraties sont complétement bloquées. Les tenants du pouvoir utilisent ces pouvoirs pour se maintenir en matant les populations et les hommes politiques. Les tenants du pouvoir à travers leurs gouvernances, créent des conditions pour que les militaires sortent de leurs casernes. Quand on gère le pouvoir comme une épicerie, pendant plusieurs années sans alternance, on sert de prétexte à l’armée de monter au créneau. D’ailleurs une Armée qui n’intervient pas dans ces conditions, peut être traitée de traitre. En 2009, au Gabon, cette Armée a été utilisée pour mater la population. La récidive s’est poursuivie en 2016. Le même pouvoir a voulu utiliser cette même armée en 2023 pour se maintenir, après 42 ans de gestion de son père et quatorze du sien. Ce qui se passe au Gabon est similaire au Cameroun. Longévité au pouvoir. Confiscation du pouvoir par une caste. Fraudeurs des élections. Modification des Constitutions. Le devoir est de sauver les peuples même si ces derniers ont été complices avant. LeGabon nous parle et nous parle encore. Lesinstitutions doivent être fortes et impersonnelles au service d’une Nation et non d’un homme. Lesconditions sont réunies au Cameroun depuis au moins quinze ans pour une telle malheureuse situation. Le bémol peut s’expliquer par le coup d’Etat manque de 1984.

Cyrille Rolande Bechon

« Le putsch ou coup d’Etat est antidémocratique et anticonstitutionnel »

« À la lecture des textes fondamentaux qui lient le Cameroun en l’occurrence la Constitution et les instruments internationaux et régionaux dument ratifiés, il est clair que le Cameroun s’est engagé pour la démocratie. La Constitution proclame que le Cameroun est un Etat démocratique. Cette affirmation qui est le reflet des aspirations du peuple camerounais, est renforcée par la ratification des instruments fondamentaux y afférents, dont en l’occurrence le Pacte international sur les droits civils et politiques et la Charte africaine sur les élections, la démocratie et la gouvernance. Nouveaux droits de l’homme a largement contribué à la vulgarisation de ces textes. En fait, ces instruments considèrent avec les Etats parties que la participation populaire par le biais du suffrage universel est un droit inaliénable des peuples et donc que toutes les mesures appropriées doivent être prises afin d’assurer le respect de l’ordre constitutionnel, en particulier le transfert constitutionnel du pouvoir. Selon la Charte africaine suscitée, l’utilisation entre autres, des moyens ci-après pour accéder ou se maintenir au pouvoir constitue un changement anticonstitutionnel de gouvernement et est passible de sanctions appropriées de la part de l’Union: tout putsch ou coup d’Etat contre un gouvernement démocratiquement élu ; toute intervention de mercenaires pour renverser un gouvernement démocratiquement élu ; toute intervention de groupes dissidents armés ou de mouvements rebelles pour renverser un gouvernement démocratiquement élu ; tout refus par un gouvernement en place de remettre le pouvoir au parti ou au candidat vainqueur à l’issue d’élections libres, justes et régulières ;  et enfin tout amendement ou toute révision des Constitutions ou des instruments juridiques qui porte atteinte aux principes de l’alternance démocratique. Vous pouvez donc convenir avec moi que le putsch ou coup d’Etat est antidémocratique et anticonstitutionnel, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle, dès que le pouvoir est pris de cette manière, la première des choses s’est la dissolution des instituions. C’est en fait la dissolution de la Constitution puisque le putsch s’inscrit complétement en contradiction avec elle.Aujourd’hui, les populations semblent apprécier les coups d’Etat parce que c’est leur façon à elles d’exprimer leur ras le bol face à des systèmes complètement verrouillés et captés par une élite qui malheureusement n’est pas en mesure d’apporter des réponses aux besoins primaires des populations. Pour revenir au cas spécifique du Cameroun, bien malin celui qui peut prédire l’avenir, mais nous pensons qu’il est encore temps de bien faire les choses pour préserver notre démocratie. Il est encore temps d’ouvrir l’espace civique et démocratique en permettant à la société civile et les partis politiques de l’opposition de s’exprimer, en libérant les opposants détenus et en ouvrant un dialogue politique sur les élections de 2025. Ceci permettra à coup de poser les bases d’une alternance pacifique ».

Paul Guy Hyomeni, Coordonnateur national du Réseau camerounais des organisations des droits de l’homme (Recodh)

« Quand la maison du voisin brûle, il faut mouiller son mur »

« L’actualité dans de nombreux pays africains (Burkina Faso, Guinée Conakry, Mali, Niger, Gabon, etc.), montre que la démocratie dans certains Etats africains est prise en otage par deux catégories d’acteurs : d’un côté, il y a des éléments des Forces de défense qui se servent des armes pour accéder au pouvoir, de l’autre côté, il y a des hommes politiques qui pour accéder ou se maintenir au pouvoir, fraudent les élections, tripatouillent la Constitution, instrumentalisent la justice pour museler leurs opposants, etc. Un autre constat c’est que dans les cas du Niger et du Gabon, ce sont des éléments des forces de défense en charge de la sécurité du Président de la République qui ont renversé ces derniers. Ces coups d’Etat comme il a été observé dans certains Etats où ils ont eu lieu, semblent recevoir le soutien d’une frange de la population qui n’hésite pas à descendre dans la rue pour manifester sa joie. Le fait qu’au Gabon le président sortant soit déclaré réélu à plus de 64% et que quelques heures après il soit renversé par un coup d’Etat et qu’il n’y ait personne dans la rue pour revendiquer son retour au pouvoir et ce malgré un appel lancé dans ce sens par ce dernier questionne sur la crédibilité, la sincérité et la transparence du processus électoral. Comment la Cour Constitutionnelle peut-elle accepter qu’une personne qui a accède ou se maintient au pouvoir des armes ou la fraude électorale prête serment devant elle comme Président de la République ? Comment l’Armée qui est chargée entre autres de protéger les institutions peut-elle en devenir le Bourreau ?  Il y a un réel besoin de consolider l’Etat de droit dans certains africains. Cet Etat de droit devrait davantage s’appuyer sur les institutions fortes que sur les hommes forts. Au regard de la situation dans certains pays africains est ce qu’il y a lieu de s’inquiéter pour une prise de pouvoir par les forces de défense au Cameroun ? Même s’il s’agit d’une option que je ne souhaite pas, je dois reconnaître qu’il y a un besoin réel et constant de consolider l’Etat de droit au Cameroun et de véritablement faire du peuple le véritable détenteur du pouvoir comme le veut la démocratie. Pour que cette consolidation de l’état de droit soit effective, il faut respecter le principe constitutionnel de la séparation des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) : un Parlement qui vote les lois et contrôle effectivement l’action gouvernementale ; un pouvoir judiciaire indépendant de l’Exécutif. Une matérialisation de cette indépendance est de ramener la présidence du Conseil supérieur de la magistrature au niveau de la Cour Suprême. Le processus électoral camerounais doit permettre que ne soit déclaré élu que le candidat qui a effectivement eu la ferveur des votes des électeurs. Pour y parvenir, il est nécessaire d’une part de créer un cadre de concertation et de dialogue entre les acteurs. Ce dialogue est amorcé par Elections Cameroon (Elecam) et les autres acteurs du processus électoral et d’autre part de réviser de manière consensuelle le système électoral (Constitution et Code électoral). Le Cameroun doit faire sien cet adage qui dit que « quand la maison du voisin brûle, il faut mouiller son mur »

Propos recueillis par L.D.N.

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