Par Ilyass Chirac Poumie
La réunion du 8 juillet 2025 au palais de l’Unité, dédiée à la préparation de l’élection présidentielle du 12 octobre, n’a pas cessé de faire parler d’elle des mois après. Elle a mis en lumière des tensions rarement exposées aussi ouvertement. Contrairement à l’image d’un ministre isolé et silencieux, René Emmanuel Sadi aurait violemment repris le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, à la suite de propos jugés méprisants et provocateurs.
Selon plusieurs sources présentes à la rencontre, le ministre de la Communication aurait rappelé avec fermeté son ancienneté et son parcours au sein du régime. Il aurait notamment souligné qu’à l’époque où il servait déjà Paul Biya à des postes stratégiques, Ferdinand Ngoh Ngoh n’occupait encore aucun rôle majeur dans l’appareil d’État.
Une mise au point cinglante, accueillie dans un silence pesant par l’assistance.
Cet échange avaient ravivé des souvenirs anciens. Avant son ascension actuelle, Ferdinand Ngoh Ngoh avait été un collaborateur de René Emmanuel Sadi lorsque ce dernier était ambassadeur du Cameroun auprès des Nations unies. Une relation hiérarchique que le ministre de la Communication n’aurait pas hésité à rappeler, face à ce qu’il avait perçu comme une tentative de remise en cause de sa légitimité politique.
Au-delà de l’incident, plusieurs sources évoquent ces derniers temps une stratégie plus large attribuée à Ferdinand Ngoh Ngoh et à son entourage. Le secrétaire général de la présidence serait déterminé à écarter du prochain gouvernement certains poids lourds du régime, au premier rang desquels René Emmanuel Sadi et le ministre d’État, garde des Sceaux, Laurent Esso. Cette volonté d’éviction s’inscrirait dans une logique de renouvellement contrôlé du cercle du pouvoir, mais aussi de neutralisation de figures jugées trop influentes ou trop autonomes.
La sortie musclée de René Emmanuel Sadi apparaît ainsi comme une ligne rouge franchie. Longtemps réputé pour sa discipline et sa retenue, le baron du régime semble désormais décidé à ne plus accepter en silence une marginalisation qu’il estime injustifiée, dans un contexte où l’après Biya se dessine déjà en coulisses.
René Emmanuel Sadi et Laurent Esso figurent parmi les plus anciens et les plus puissants cadres du régime de Paul Biya. Leur longévité et leur proximité avec le chef de l’État leur ont conféré une influence durable au sein de l’appareil politique et judiciaire.
Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence depuis 2018, a progressivement consolidé son pouvoir, devenant un acteur central des arbitrages politiques. À l’approche de la présidentielle d’octobre 2025, les luttes internes se sont durcis, révélant une bataille ouverte entre barons historiques et nouveaux centres de décision autour de la composition du prochain gouvernement et de l’équilibre du pouvoir au sommet de l’État.
