Accueil EnquêtesAfrique Cameroun > Humiliation: Ces philosophes sont-ils les moutons noirs du renouveau…

Cameroun > Humiliation: Ces philosophes sont-ils les moutons noirs du renouveau…

En quarante ans de règne, très peu de ces ouvriers de la pensée ont occupé des positions de pouvoir, sous Paul Biya.

Par panorama papers
0 commentaire 986 vues

Enquête de René Mbarga

En quarante ans de règne, très peu de ces ouvriers de la pensée ont occupé des positions de pouvoir, sous Paul Biya. Très souvent nommés pour peu de temps et presque toujours remerciés de manière cavalière ; les trajectoires de Njoh Mouelle, Marcien Towa, Mono Ndjana ou Guillaume Bwele sont des cas d’école.

I- Marcien Towa : Recteur pour neuf mois

Décédé le 2 juillet 2014 à l’âge de 83 ans ; le plus emblématique des philosophes camerounais vivait dans un modeste pavillon au quartier Emombo à Yaoundé. Certains proches interrogés, s’accordent même à reconnaitre, qu’il avait du mal à boucler ses fins de mois. Pourtant, né le 5 janvier 1931 à Endama ; petit village situé à quelques encablures d’Obala dans le département de la Lékié ; tout semblait tracé pour Marcien Towa lorsqu’il obtint le 09 juin 1959 un DES (Diplôme d’Études Supérieures) en philosophie avec un mémoire sur Hegel et Berson.

Entre 1961 et 1962, il effectua un stage pédagogique et enseigna dans plusieurs lycées parisiens (Louis-le-Grand, Molière, notamment). Dès le 9 septembre 1962, il retourna au Cameroun où il fut nommé Professeur de pédagogie, d’histoire de la pédagogie et de philosophie à l’Ens (École Normale Supérieure) de Yaoundé. Pendant cette même année, il enseigna à l’Emia (École Militaire Inter Armes) de Yaoundé.

A Paris, Londres, Birmingham, Bakou et Leningrad. C’est pendant cette période qu’il obtint, en juin 1964, son Certificat d’Études Supérieures de Pédagogie à la Sorbonne, puis effectua, en 1965, des études de psychologie et de pédagogie à l’Institut Rousseau de Genève.

Dès janvier 1966, Marcien Towa fut de retour au Cameroun et repris ses enseignements à l’Ens. Ceux-ci comprennent désormais la pédagogie générale, l’histoire de la pédagogie, la philosophie et la littérature négro-africaine. Entre 1966 et 1968, il fut nommé tour à tour Directeur des Études puis Directeur-adjoint de l’Ens de Yaoundé, avant de rejoindre d’octobre 1968 à 1970, le Département de Philosophie de l’Université Fédérale de Yaoundé en qualité de Chargé d’enseignement.

Le 4 février 1969, il a soutenu sa Thèse de Doctorat de 3e cycle en Philosophie à la Sorbonne sous la direction de Lucien Goldmann sous le titre « Qu’est-ce que la Négritude ? ». Cette thèse lui permit d’être nommé Chef du Département de Philosophie de l’Université de Yaoundé, poste qu’il occupera jusqu’en 1981.

En juillet 1977, Marcien Towa acheva une Thèse de Doctorat d’Etat soutenu, sous la direction de Paul Ricœur (Lucien Goldmann ayant malheureusement disparu), sous le thème : Identité et Transcendance. Tour à tour Professeur invité à l’université canadienne de Sherbrooke et Chef de département au Crea (Centre de Recherche des Études Anthropologiques) de l’Ish (Institut des Sciences Humaines) à la Dgrst (Délégation Générale de la Recherche Scientifique et Technique) de Yaoundé. Du 29 janvier 1993 au 21 octobre de la même année, ce membre influent du Rdpc, le parti au pouvoir officia pour dix mois seulement ; comme Recteur de l’université de Yaoundé 2 Soa; à peine porté sur les fonts baptismaux. Maire Rdpc d’Elig-Mfomo de 1996 à 2002 ; le philosophe mourut en 2004 à Yaoundé dans l’indigence et l’anonymat presque total.

II- Ebénezer Njoh Mouelle : Ministre temporaire

Ministre de la communication du 22 septembre 2006 au 7 septembre 2007 ; soit pour 11 mois et demi, Ebénezer Njoh Mouelle avait été limogé sans façon. Contrairement à la quasi majorité des anciens membres du gouvernement ; le philosophe n’a jamais été porté, à la présidence du conseil d’administration d’une société publique ou parapublique ; ni à la tête d’une quelconque structure à l’instar de la commission nationale anticorruption (Conac), où le mandat de la totalité de ses membres est échu. La mise en place des institutions prévues par la constitution (Sénat, conseil constitutionnel, régions) avait un moment, laissé penser à un retour en grâce…le philosophe fut, une fois de plus royalement ignoré.

Né le 17 septembre 1938 à Wouri- Bossoua dans le département du Nkam. L’auteur du best-seller de l’Excellence à la médiocrité a pourtant de la ressource.

Après des études secondaires au lycée Général-Leclerc de Yaoundé où il obtint le Baccalauréat en juin 1959. Il se rendit en France, grâce à une bourse d’études. S’inscrivit ainsi au lycée de Garçons du Mans, puis au lycée Henri IV de Paris. En juin 1964, il a décroché une Licence en Philosophie, suivie d’un DES de Philosophie et acheva son cursus par un Doctorat d’État de lettre et sciences humaines délivré par la Faculté de la Sorbonne, en 27 juin 1967 à l’aide d’une bourse du Fonds spécial des Nations unies.

De retour au Cameroun en octobre 1967, il fut recruté comme Chargé d’enseignement à l’École Normale Supérieure de Yaoundé. De 1968 à 1972, il fut Directeur des Études dans cet établissement. Du 1er octobre 1972 au 25 août 1973, il est Directeur de l’Enseignement Supérieur au Mineduc. Du 25 août 1973 au 28 juillet 1981, il est Secrétaire Général de l’Université de Yaoundé 1 ; puis du 28 juillet 1981 au 9 août 1984, il fut Directeur de l’École Normale Supérieur de Yaoundé. Du 9 août 1984 au 6 mars 1987, il assuma les fonctions de Directeur Général du Centre Universitaire de Douala. Au mois de juin 1990, il est membre suppléant du Comité Central du Rdpc. De juillet 1990 à mars 1992, il est Secrétaire Général du Comité Central du Rdpc, mais, lors des élections législatives du 1er mars 1992, il a subi un échec électoral et est limogé dans la foulée.

III- Hubert Mono Ndjana : le mal-aimé

Il n’a jamais été ministre, ni Directeur général encore moins nommé à une quelconque position de pouvoir sous le renouveau. Débarqué comme un malpropre du secrétariat à la communication du Rdpc ; le parcours de Hubert Mono Ndjana est parsemé d’injustices, de frustrations, de désillusions et de non-dits ; qui font de lui, le prototype du mouton noir ou philosophe maudit. Chassé comme un malpropre de l’office du baccalauréat du Cameroun (Obc) dans les années 1990 et remplacé au pied levé par Rachel Bidja Ava ; l’auteur de « Les vampires du Godstand » l’a également été ; par Elise Mballa Meka une autre bonne dame ; à la Société Civile des Droits de la Littérature et des Arts Dramatiques (Sociladra) qu’il a pourtant bâtie de ses propres mains.

Pourtant, Hubert Mono Ndjana fit de bonnes études en France à l’Université François Rabelais de Tours. De retour au pays, il exerça diverses fonctions administratives notamment dans le milieu académique et s’essaya, sans beaucoup de réussite, tel qu’il le reconnait lui-même ; à la politique. On se souvient qu’il a été l’un des tout-premiers intellectuels camerounais à soutenir ouvertement Paul Biya, lors de son accession à la magistrature suprême en 1982. Ceci s’est concrétisé par des publications visant à mieux faire comprendre la pensée politique et sociale du chef de l’État camerounais.

IV- Guillaume Bwelé : la disgrâce chevillée au corps

Agrégé de philosophie, docteur ès Lettres et sciences humaines. L’ancien Ministre de l’information du Président Ahidjo fut le premier philosophe à tomber en disgrâce sous le renouveau. Victime collatérale de la guerre de tranchées qui opposa Paul Biya à son prédécesseur ; Guillaume Bwelé n’est jamais parvenu à se faire une place au soleil depuis la fin du premier régime. Contrairement à de nombreux ex ministres de l’ancien Président ; son nom semblait avoir été à jamais rayé. Preuve, dans les années 2000, l’ex membre du comité central de l’union national camerounaise (Unc) servit comme inspecteur et conseiller technique au ministère de l’enseignement supérieur.

Né le 11 janvier 1939 à Douala, le concerné fit des études secondaires au Collège jésuite Libermann, des études supérieures à la Sorbonne et à l’École Normale Supérieure à Paris. Admis au concours d’agrégation de philosophie en 1966, sous la direction de Pierre Kaufmann ; il enseigna à Paris au Lycée Jeanson de Sailly et au Lycée Claude Bernard, puis à l’Université de Yaoundé.

Subscribe
Notify of
guest

0 Comments
Inline Feedbacks
View all comments

à Lire Aussi

About Us / QUI SOMMES NOUS

Comme son nom l’indique, Panorama papers est un site d’information générale qui traite l’essentiel de l’actualité mondiale dans ses grandes lignes. Nous possedons également une chaîne Youtube où vous retrouverez de grandes interviews et d’autres vidéos d’actualité. Panorama papers est un produit PANORAMA GROUP LLC. Nous travaillons avec nos propres moyens (sans mécène), pour vous servir une information libre et crédible.

NOUS CONTACTER

  1. 13384 Marrywood Court, Milton, Georgia 30004, États-Unis d’Amerique;
  2. E-mail: info@panoramapapers.com
  3. Tél.: +17707561762, +17035012817 
  4. Bureau AfriqueBP. 35144 Rue ambassade du Royaume de Belgique, Yaoundé-Bastos, Cameroun (+237) 699460010

Revue de presse du 26 02 2024

© Copyright 2022 – PANORAMA GROUP LLC  All rights reserved. Deasigned by Adama Fofere Namen

0
Cliquez pour commenterx
()
x