Par Sandra Embollo
Dans une correspondance adressée au Pca de Sgc et consultée par le média local EcoMatin, le ministre des Finances fait clairement savoir que “conformément à l’article 10.2 des statuts de la Société, (…) l’État du Cameroun par l’intermédiaire du ministère des Finances que je représente, souhaite user de son droit de préemption”. Et de conclure, “je vous remercie de bien vouloir me tenir informé des étapes à suivre et des éléments nécessaires pour finaliser la cession”.
Le prix de cession divise
Le droit de préemption ici renvoie à un avantage qui est donné à l’État par une disposition contractuelle, de pouvoir se substituer à l’acquéreur d’un actif pour en faire l’acquisition à sa place. Cependant, et généralement, il est obligé de l’acquérir dans les mêmes conditions que ce dernier. En choisissant de l’exercer, Yaoundé coupe l’herbe sous le pied du groupe bancaire burkinabé. Mais Yaoundé n’a clairement pas l’intention de payer le montant proposé, le jugeant trop élevé. Le gouvernement, accompagné par le cabinet Grant Thornton, a effectué une contre-valorisation de la banque ce qui a abouti à une valorisation des parts de Société Générale à 186,7 millions d’euros. Cela ouvre donc la voie à de nouvelles tractations entre les deux parties pour trouver un prix d’équilibre, nécessaire pour conclure la vente.
Le Cameroun comme le Congo
Cette évolution vient doucher les espoirs du groupe Coris Bank, qui espérait pouvoir faire son entrée sur le marché camerounais par le haut. Dans ce pays, où opèrent 18 établissements de crédit, Société Générale est classé deuxième en termes d’actifs derrière Afriland First Bank, de l’homme d’affaires Paul Fokam Kammogne. Doté d’un réseau de 47 agences disséminées à travers le pays, l’établissement à capitaux majoritairement français est surtout la banque ayant réalisé le plus gros bénéfice en 2022 et 2023, soit 22,8 milliards et 29,8 milliards Fcfa respectivement.
En exerçant son droit à préempter, l’objectif de l’ État Camerounais, qui détient déjà 25,6% du capital, n’est pas de la contrôler, quoiqu’étant une importante banque. Selon nos informations, les autorités souhaitent surtout avoir le dernier mot sur le choix du repreneur, ce qui peut laisser croire qu’elles ne sont pas en faveur de l’option Cbi. Le Cameroun s’inscrit ainsi dans la même démarche que son voisin le Congo. Dans le cadre de la cession de la filiale congolaise de Société Générale, Brazzaville s’était pris de la même manière pour ensuite passer la balle à BGFIBank alors qu’un accord avait été signé entre le groupe français et Vista Bank. On ignore si Yaoundé a déjà une préférence, mais on sait que BGFIBank s’est déclaré candidat au rachat. D’autres pistes suggèrent des pourparlers en cours pour confier la banque à la Cnps, le fonds de pension public, ou encore à la Caisse des dépôts et de consignations, mais rien n’est encore certain.
Précisons que dans le cadre du processus de désengagement de Société Générale du continent africain, Coris s’est déjà adjugé deux filiales du groupe français, celles du Tchad et du Mozambique
