Accueil » Cameroun | Modification de la constitution: L’opposition prise de court par Paul Biya

Cameroun | Modification de la constitution: L’opposition prise de court par Paul Biya

L'instauration d'un poste de vice-président et l'adoption du projet de loi permettant au chef de l'État camerounais de proroger le mandat des conseillers municipaux, à sa guise, vient remettre en exergue la fragilité de l'opposition camerounaise.

by Panorama Group, LLC
0 comments

Par Joseph OLINGA N.

La transition au sommet de l’État camerounais sera à n’en point douter conduite par un profil choisi par l’actuel chef de l’État, Paul Biya. La révision de certaines dispositions de la constitution initiée par l’homme au pouvoir depuis 43 ans et approuvée par Assemblée nationale puis le Senat a fini de reconstruire l’architecture gouvernante du pays. Les dispositions récemment introduites dans la loi fondamentale et le code électoral, qui n’attendent que des décrets de promulgations du président de la République indiquent que le vice-président hérite du mandat du chef de l’État en poste en cas de vacance de pouvoir. Le vice-président bénéficie d’ailleurs de la compétence de saisir le conseil constitutionnel pour Constatation. Et, quoique les préalable du texte lui réfute, à priori, le pouvoir de modifier la constitution ou de procéder au renouvellement de l’équipe gouvernementale, la suite du nouveau dispositif institutionnel lui donne cette latitude dans certaines circonstances.

Ainsi donc, pourrait-on dire, la messe est dite pour l’opposition qui jusque-là avait dénoncé l’éventualité d’un passage de pouvoir en dehors des mécanismes prévus par la loi fondamentale. De quoi conclure que l’adoption de la loi permettant la transition de gré à gré au sommet de l’État se déroule sous le nez d’une opposition qui n’est dotée ni de moyens de coercition vis-à-vis d’un pouvoir qui semble lui dicter sa loi, ni d’une stratégie lui permettant de faire plier le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) et son chef de file, Paul Biya.

Sans grande surprise, les dénonciations faites par les leaders des partis de l’opposition paraissent inaudible dans un contexte dominé par un parlement en majorité aux couleurs du Rassemblement démocratique du peuple camerounais au pouvoir. Surtout, la réalité se traduit par le constat d’une opposition, pour l’essentiel, incapable d’affronter la machine mise en place par un pouvoir qui s’est donné presque tous les moyens de se conserver et de se perpétuer à l’envie. Dans le même temps, l’on ne peut ignorer que l’arrogance attribuée, à tort ou à raison, au pouvoir en place est en grande partie le fait des incohérences de quelques leaders de l’opposition. Aito-disqualifié des élections municipales et législatives de l’année 2020 en faisant valoir qui apparaissent aujourd’hui des arguties, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) et son leader peinent à se refaire une place dans l’espace politique camerounais. Le parti avait pourtant eu l’occasion de s’imposer comme une alternative incontournable pour les mutations institutionnelles attendues et réclamées par la frange la plus importante de la population. Reste des revendications inaudibles et un activisme sans impact réel sur la réalité de l’espace sociopolitique camerounais.

A l’observation, le fait semble consommé. Le chef de file du Rassemblement démocratique du peuple camerounais, par ailleurs chef de l’État du Cameroun, Paul Biya réussit visiblement à façonner l’architecture institutionnelle à sa guise. En introduisant le poste de vice-président de la République, Paul Biya s’assure un passage de témoin à ses conditions. Surtout, il perpétue une réalité à laquelle souhaite renoncer les Camerounais dans leur immense majorité. Paul Biya perpétue sans opposition réelle la tradition de dauphinat que vit le Cameroun depuis sa naissance. De Messmer à André Marie Mbida, d’André Marie Mbida à Ahmadou Ahidjo puis d’Ahmadou Ahidjo à Paul Biya, le système issu des fonts baptismaux du colonisateur s’est perpétué sans réelle opposition. Un schéma qui se répète plus de 60 ans plus tard avec le passage de témoin revêtu du costume de la légalité auquel va indubitablement procéder Paul Biya en choisissant un profil de son choix. Une femme ou un homme très probablement moulé et initié aux méthodes de l’homme.

Pendant ce temps, au sein de l’opposition, les dénonciations et postures des leaders traduisent à suffisance les clivages qui les caractérise. Mais aussi l’absence de convergence stratégique qui cache mal les ambitions égoïstes de la plupart des opposants supposés ou réels d’un Paul Biya qui semble peu préoccupé. Alors que l’urgence de replacer le curseur des équilibres démocratiques se fait plus que jamais ressentir, les postures des principaux leaders de l’opposition camerounaise sont loin de converger vers le cap attendu par la majorité des camerounais. Visiblement incapable de faire chorus, leurs trajectoires dessinent en permanence la probabilité de la discorde, favorisant l’ancrage du pays vers la monarchisation continue de ses institutions.

You may also like

Leave a Comment