Par Arlette Akoumou Nga
Dans un texte au vitriol, Jean-Bruno Tagne estime que les récentes images du président camerounais, diffusées à l’occasion de ses 93 ans, traduisent « la fin du mythe » construit autour du chef de l’État. L’auteur décrit un dirigeant « l’air hagard », offert aux selfies et aux vidéos de proches, de personnalités et d’enfants rassemblés pour la célébration.
Le président Paul Biya, au pouvoir depuis plus de quatre décennies, y apparaît selon lui affaibli, parfois agacé, mais contraint de subir la mise en scène. Jean-Bruno Tagne évoque une atmosphère de « kermesse » et parle d’une scène « d’une indécence rare », estimant qu’aucun autre chef d’État n’est exposé dans une telle vulnérabilité.
Tout en rappelant que la critique politique relève du devoir citoyen, le journaliste appelle à distinguer la fonction de l’homme. Il dit éprouver de la compassion pour le président, qu’il compare à « une bête de foire » ou à « un lion de zoo » livré aux regards et aux manipulations des visiteurs.
L’auteur souligne également le contraste avec l’image longtemps cultivée par Paul Biya, réputé pour sa discrétion et son refus de toute familiarité, y compris dans la sphère privée. Pendant des décennies, le chef de l’État a soigneusement contrôlé sa communication et protégé son intimité familiale.
Selon Jean-Bruno Tagne, la multiplication récente d’images privées marquerait une rupture avec cette tradition et contribuerait à briser le mythe présidentiel.
Citant l’écrivain Jean d’Ormesson et sa formule « La vieillesse est un naufrage », il estime que la première protection d’un dirigeant affaibli devrait venir de son entourage familial. Or, suggère-t-il, cette protection aurait fait défaut lors de cet anniversaire.
En conclusion, Jean-Bruno Tagne reconnaît que l’on peut reprocher à Paul Biya de s’être maintenu au pouvoir jusqu’à 93 ans, mais il appelle, au-delà du débat politique, à accorder au moins de la compassion à l’homme exposé malgré lui.
Âgé de 93 ans, Paul Biya dirige le Cameroun depuis 1982, ce qui fait de lui l’un des chefs d’État les plus anciens au pouvoir dans le monde. Les images de son anniversaire ont largement circulé sur les réseaux sociaux, relançant les débats sur son état de santé, la communication présidentielle et la question de la succession au sommet de l’État camerounais.
