Par Ross Hill
Le Washington Post, propriété du multimilliardaire Jeff Bezos, a entamé mercredi 4 février une vague de licenciements touchant des centaines de journalistes. « C’est l’un des jours les plus sombres de l’histoire du journal », a déploré sur Facebook Martin Baron, ancien rédacteur en chef et figure du journalisme américain. Il fustige sans détour les « efforts écœurants » de Jeff Bezos « pour s’attirer les faveurs » de Donald Trump, y voyant « un cas d’école » de « l’autodestruction quasi instantanée d’une marque ».
Le plan de licenciement engagé au sein du Washington Post est d’une ampleur inédite. Il touche de nombreux services du quotidien, notamment les rubriques sports et livres, le pôle podcast, les pages locales et l’infographie. Une grande partie des correspondants à l’étranger est également concernée, dont l’ensemble de ceux couvrant le Moyen-Orient.
Une restructuration destinée à réformer un journal « d’une autre époque »
Le nombre exact de suppressions de postes n’a pas été communiqué. Mais, selon le New York Times, plus de 300 journalistes sur les quelque 800 que compte la rédaction seraient concernés. Cette restructuration, présentée comme nécessaire pour transformer un journal « d’une autre époque », « inclut des réductions substantielles d’effectifs » et doit permettre de « sécuriser » l’avenir du titre, a expliqué le directeur exécutif du journal, Matt Murray, qui reconnaît un chantier « difficile, mais essentiel ».
Un quotidien qui, d’après le Wall Street Journal, a perdu près de 100 millions de dollars en 2024, tout en enregistrant une forte érosion de son nombre d’abonnés. Une situation que certains attribuent au rapprochement entre Jeff Bezos et le président Donald Trump. En janvier 2025, le propriétaire du journal était notamment apparu au premier rang lors de l’investiture du président républicain.
« Tout le monde est en deuil »
« Tout le monde est en deuil », témoigne Sally Quinn, contributrice du Washington Post, interrogée par Cnn. « Depuis un an, ce n’est qu’une succession d’enterrements : des gens licenciés, des gens qui démissionnent… Ce qui arrive au Washington Post est tout simplement tragique. Tout le monde est dans le même état. Ce n’est pas seulement moi, ni seulement les gens du Post : c’est tout le journalisme ».confie-t-elle.
Une vaste réorganisation de la rédaction du Washington Post, lancée en 2024 avec l’arrivée d’une nouvelle direction, avait déjà profondément ébranlé le journal en interne. De nombreux journalistes avaient alors quitté le quotidien pour rejoindre des médias concurrents. Emmanuel Felton, reporter chargé de couvrir les questions raciales, a ainsi annoncé son licenciement sur le réseau social X. « Ce n’était pas une décision financière, mais bien idéologique », a-t-il accusé.
Le contraste est saisissant avec le New York Times. Grand rival du Washington Post, le quotidien new-yorkais a annoncé mercredi 4 février avoir recruté en 2025 plus d’un million de nouveaux abonnés numériques, portant leur nombre total à près de 13 millions. Une performance qui confirme sa position dominante sur le marché américain de la presse écrite.
Jeff Bezos, dont la fortune est aujourd’hui estimée à 245 milliards de dollars par Forbes, avait racheté le Washington Post en 2013.
