Par Sandra Embollo Avec Afp
Des dizaines de migrants vénézuéliens libérés d’une prison salvadorienne de haute sécurité, où ils avaient été envoyés par les Etats-Unis, sont rentrés chez eux vendredi 18 juillet, mettant fin à une détention sans procès décriée par les défenseurs des droits humains. Deux avions les transportant ont atterri dans la soirée à l’aéroport desservant Caracas. Plusieurs passagers sont descendus en levant les bras en signe de victoire, et l’un a même embrassé le tarmac.
« Libres, enfin libres ! », s’est réjoui le président vénézuélien, Nicolas Maduro, après des mois d’incertitude sur le sort des 252 Vénézuéliens expulsés des Etats-Unis en mars et incarcérés au Centre de confinement du terrorisme (Cecot) au Salvador, une prison de haute sécurité prévue pour les membres de gangs.
Le Venezuela n’a pas précisé combien de ses ressortissants étaient rentrés, mais le président salvadorien, Nayib Bukele, a déclaré sur X avoir remis à Caracas « tous les citoyens vénézuéliens détenus dans notre pays, accusés d’appartenir à l’organisation criminelle Tren de Aragua ». Invoquant une loi de 1798 sur les ennemis de l’étranger rarement utilisée, les Etats-Unis avaient expulsé vers le Salvador ces migrants accusés, sans preuves ni procès, d’appartenir au gang vénézuélien, des accusations rejetées par leurs proches, sans nouvelles depuis.
Au Cecot, les Vénézuéliens détenus n’avaient pas le droit de passer des appels ni de recevoir des visites, et leurs proches ont demandé en vain des preuves de vie. La dernière fois qu’ils ont été aperçus remonte à mars, lorsqu’ils sont apparus entravés, crâne rasé, à genoux dans la mégaprison salvadorienne. Nayib Bukele a fait construire le Cecot dans le cadre de sa guerre contre les gangs mais avait accepté des millions de dollars des Etats-Unis pour y détenir les Vénézuéliens. Des organisations de défense des droits humains ont dénoncé à plusieurs reprises ces détentions comme violant les droits humains.
Le Franco-américain Lucas Hunter libéré
Le président Maduro a remercié vendredi son homologue américain, Donald Trump, pour le retour de ces migrants, saluant « la décision de rectifier cette situation totalement irrégulière ».
Cette libération est liée à un échange de prisonniers entre Caracas et Washington. L’administration Trump a fait savoir dans la journée que les migrants vénézuéliens avaient été libérés en échange de dix Américains détenus au Venezuela et d’un nombre inconnu de « prisonniers politiques » vénézuéliens. Lucas Hunter, un Franco-américain de 37 ans qui était détenu au Venezuela depuis le mois de janvier, fait partie des dix libérés, a confirmé samedi matin le gouvernement français. Il avait été arrêté à la frontière entre la Colombie et le Venezuela par des agents vénézuéliens alors qu’il voyageait seul pour faire du kitesurf, selon le récit de sa famille. L’Uruguay a aussi annoncé qu’un de ses citoyens, résident aux Etats-Unis, Fabian Buglio, faisait partie des personnes libérées.
Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a remercié le président Bukele d’« avoir aidé à obtenir un accord pour la libération de tous nos détenus américains ». L’ambassade des Etats-Unis à Bogota, chargée du Venezuela, a publié une photo de ces hommes dans un avion, souriants et brandissant des drapeaux américains. Une vidéo de la présidence salvadorienne a par la suite montré Nayib Bukele recevant les dix Américains au siège de son gouvernement.
Dans un communiqué, Caracas a estimé avoir payé un « prix élevé » pour assurer le retour de ses concitoyens. « Des terroristes contre des innocents », a déclaré le président Maduro. « Nous livrons en échange dix mercenaires », a déclaré, pour sa part, le ministre de l’intérieur vénézuélien, Diosdado Cabello. En plus de la libération des Américains, le Venezuela a accordé des « mesures alternatives » à l’emprisonnement à des Vénézuéliens détenus pour « leur implication dans des crimes de droit commun et des infractions contre l’ordre constitutionnel ».
Sept enfants rapatriés des Etats-Unis au Venezuela
Plus tôt dans la journée, un autre avion est arrivé à l’aéroport de Maiquetia en provenance de Houston, avec à son bord 244 Vénézuéliens expulsés des Etats-Unis et sept enfants que le ministre Diosdado Cabello a dit « sauvés de l’enlèvement dont ils étaient victimes ». Ces enfants font partie des 30 qui, selon Caracas, ont été séparés de leur famille et sont restés aux Etats-Unis après l’expulsion de leurs parents vénézuéliens.
La lutte contre les migrants sans papiers est une priorité de la nouvelle administration américaine, qui a multiplié les descentes de police et les expulsions.Washington et Caracas se sont mis d’accord pour renvoyer les Vénézuéliens sans papiers dans leur pays, et des vols arrivent presque quotidiennement des Etats-Unis ou du Mexique. Selon les chiffres officiels, depuis février plus de 8 200 personnes ont été renvoyées au Venezuela en provenance de ces deux pays, dont environ 1 000 enfants.
