Par Hajer Elina
La sortie du comité Nobel demandant au président vénézuélien Nicolás Maduro de se retirer a créé un effet de contraste brutal pour de nombreux observateurs africains. L’institution dénonce au Venezuela les violations démocratiques et les contestations électorales, mais ne prononce aucun mot sur le Cameroun, pourtant confronté depuis des années à une crise post-électorale profonde.
Dans le cas camerounais, le vainqueur revendiqué de la dernière présidentielle vit toujours en exil, poursuivi dans une cavale politique dénoncée par ses partisans. Entre-temps, la situation des droits et libertés dans le pays s’est considérablement dégradée : arrestations arbitraires, intimidations, militarisation de l’espace civil et pressions judiciaires se sont multipliées. Surtout, plusieurs épisodes de violences politiques ont fait des morts, notamment lors des manifestations dispersées dans le sang. Autant d’événements que la communauté internationale observe avec une réserve jugée incompréhensible par de nombreux militants.
Cette disparité de traitement, criante au regard des faits, alimente un sentiment croissant d’un double standard international. Là où le comité Nobel condamne fermement Caracas, il demeure muet sur Yaoundé, alors même que les violations des droits humains s’aggravent et que les victimes s’accumulent dans un climat de répression. Pour certains analystes, cette asymétrie frôle un racisme institutionnalisé ou une complicité silencieuse avec un pouvoir considéré comme illégitime par une partie de la population camerounaise.
Un décalage qui interroge profondément sur la cohérence morale des grandes institutions internationales et sur la hiérarchisation implicite des crises politiques à travers le monde. Au Venezuela, Nicolás Maduro fait face depuis plusieurs années à une contestation interne et internationale nourrie par des accusations de fraude électorale et de violations des droits. Au Cameroun, les tensions post-électorales restent aiguës : l’opposition conteste toujours les résultats, son leader vit en exil, et les manifestations ont souvent été réprimées violemment. Malgré ces similitudes, la réaction internationale demeure nettement plus timide envers Yaoundé, renforçant l’idée d’un deux poids deux mesures persistant.
