Par Ilyass Chirac Poumie
« 40 femmes. 40 vies. Et encore trop de silence », dénonce l’organisation de défense des droits humains dans une publication diffusée sur sa page Facebook.
Pour NDH, l’indignation suscitée par la multiplication des féminicides ne suffit plus. L’organisation réclame un cadre juridique adapté aux réalités camerounaises, capable de mieux protéger les victimes, de prévenir les violences, de renforcer la réponse judiciaire et de lutter contre l’impunité des auteurs.
NDH réaffirme ainsi son soutien au plaidoyer engagé depuis plus d’un an par le Collectif Stop Féminicides 237 en faveur de l’adoption d’une loi relative aux violences basées sur le genre.
« Une loi pour mieux protéger, mieux prévenir, renforcer la justice et sauver des vies », insiste l’organisation, qui considère la lutte contre les féminicides et les violences basées sur le genre comme une responsabilité collective.
« Il est temps d’agir. Il est temps de légiférer », conclut NDH, en invitant les pouvoirs publics et la population à soutenir ce plaidoyer.
Le Cameroun ne dispose toujours pas d’une loi globale consacrée aux violences basées sur le genre. Les agressions, viols, blessures et homicides sont traités à travers différentes dispositions générales du Code pénal, sans que le féminicide soit constitué en infraction autonome.
Un avant-projet de loi sur les violences basées sur le genre avait pourtant été élaboré et validé en 2024 par le ministère de la Promotion de la femme et de la Famille, avec l’appui de la Banque mondiale, d’Onu Femmes et du Fonds des Nations unies pour la population. En juillet 2025, le texte n’avait toujours pas été soumis à l’Assemblée nationale, selon l’UNFPA.
Le Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes avait également recommandé au Cameroun d’adopter une législation complète, de criminaliser explicitement les violences conjugales et le viol conjugal, de renforcer les sanctions contre le harcèlement sexuel et de garantir aux victimes l’accès à des mesures de protection, à des refuges ainsi qu’à une assistance médicale et psychologique. Onu Femmes
Les données disponibles illustrent l’ampleur du phénomène. Selon ONU Femmes, 22 % des Camerounaises âgées de 15 à 49 ans déclaraient, en 2018, avoir subi au cours des douze mois précédents des violences physiques ou sexuelles de la part d’un partenaire ou ancien partenaire. L’organisation estimait également que 979 000 personnes avaient besoin de services liés aux violences basées sur le genre, dont 94 % de femmes et de filles. Onu Femmes
Le Collectif Stop Féminicides 237 réclame notamment une meilleure qualification juridique de ces crimes, la formation des policiers et des magistrats, des mécanismes d’alerte accessibles, des structures d’hébergement d’urgence et une prise en charge médicale, psychologique et judiciaire effective des victimes.
Le 31 juillet 2026, à l’occasion de la Journée de la femme africaine, le collectif avait une nouvelle fois porté son plaidoyer sous le slogan « Une loi pour une vie ». Cette mobilisation vise à contraindre les pouvoirs publics à dépasser les déclarations d’intention et à faire adopter un texte spécifique susceptible de renforcer la prévention, la protection des victimes et la répression des auteurs.
