Par Joël Onana
Sauf renouvellement ou autre acte juridique intervenant avant cette date, Marc Brys ne devrait plus être lié contractuellement à l’État à compter du 8 septembre. Une situation particulière puisque, depuis le 1er décembre 2025, le technicien belge n’est déjà plus considéré par la Fecafoot comme l’entraîneur des Lions Indomptables.
Le Comité d’urgence de la Fédération avait alors procédé à une réorganisation de l’encadrement technique et installé David Pagou à la tête de la sélection nationale. La succession sportive de Marc Brys est donc déjà intervenue du côté de Tsinga. Mais elle n’avait pas entraîné automatiquement la disparition du contrat conclu entre Brys et l’État camerounais.
Pendant plusieurs mois, deux réalités ont ainsi coexisté : David Pagou exerçait les fonctions de sélectionneur sous l’autorité sportive de la Fecafoot tandis que Marc Brys demeurait juridiquement lié à l’État par son contrat, malgré son absence du banc. L’échéance du 7 septembre devrait mettre fin à cette situation et déplacer le problème vers le statut contractuel de l’encadrement actuellement en fonction.
La Convention de 2015 revient au centre du jeu
La question renvoie directement à la Convention-cadre du 5 février 2015 régissant les rapports entre le ministère des Sports et de l’Éducation physique (Minsep) et la Fecafoot. Son article 9, notamment, est régulièrement invoqué dans le débat sur les compétences respectives des deux institutions concernant l’encadrement des sélections nationales.
L’État finance une part importante du fonctionnement des équipes nationales et prend notamment en charge certaines dépenses liées à leur encadrement. La Fecafoot revendique pour sa part ses compétences dans l’organisation et la gestion sportive des sélections, en sa qualité d’association nationale affiliée à la Fifa.
C’est précisément cette frontière entre pouvoir de financement, pouvoir de contractualisation et pouvoir de nomination sportive qui se trouve une nouvelle fois au cœur du dossier.
La désignation de David Pagou par la Fecafoot ne règle donc pas automatiquement la question de son éventuel contrat avec l’État et de la prise en charge financière de son staff. Des informations publiques ont par ailleurs fait état d’un contrat liant Pagou à la Fédération depuis août 2025.
Une crise qui remonte à la nomination de Marc Brys
Le conflit trouve son origine dans les conditions mêmes de l’arrivée de Marc Brys au Cameroun. En avril 2024, le technicien belge avait été nommé par le ministre des Sports, Narcisse Mouelle Kombi, sur « très hautes instructions » du président de la République. La Fecafoot, présidée par Samuel Eto’o, avait immédiatement contesté la procédure, affirmant ne pas avoir été suffisamment associée au choix du sélectionneur.
Le différend avait rapidement dégénéré en crise institutionnelle ouverte.
Deux encadrements techniques concurrents avaient été constitués, l’un autour de Marc Brys et soutenu par le Minsep, l’autre mis en place par la Fédération. Les confrontations entre responsables fédéraux et représentants de l’État avaient parfois été publiques et particulièrement tendues, avant que différents compromis ne permettent aux Lions Indomptables de poursuivre leurs engagements internationaux.
Derrière le conflit de personnes apparaissait déjà une interrogation beaucoup plus fondamentale : qui détient effectivement le pouvoir de choisir l’entraîneur de l’équipe nationale lorsque l’État assure son financement mais que la gestion sportive relève de la Fédération ?
David Pagou, nouveau centre du dossier
Depuis décembre 2025, cette confrontation a changé de visage.
Marc Brys ayant été écarté du banc par la Fecafoot et David Pagou installé comme sélectionneur, la Fédération considère avoir exercé ses prérogatives sportives. Mais tant que le contrat de Brys avec l’État continuait de produire ses effets, la situation demeurait juridiquement complexe.
Le 7 septembre constitue donc un tournant.
Une fois le contrat de Marc Brys arrivé à son terme, l’État pourrait être amené à déterminer s’il formalise contractuellement la situation de David Pagou et de son staff ou s’il entend intervenir de nouveau dans le choix de l’encadrement technique.
Dans la seconde hypothèse, le Cameroun pourrait se retrouver dans une configuration rappelant la crise d’avril 2024 : un entraîneur choisi ou contractualisé par l’administration face à un sélectionneur reconnu par la Fédération. À l’inverse, une contractualisation de David Pagou par l’État consacrerait dans les faits le choix effectué par la Fecafoot depuis décembre 2025 et pourrait mettre fin à l’une des principales sources de conflit entre Tsinga et le ministère des Sports.
L’après-Brys pourrait être plus important que le dossier Brys
L’enjeu dépasse donc désormais le sort personnel du technicien belge. Son départ contractuel pourrait obliger les différentes parties à apporter une réponse durable à une question qui empoisonne la gestion des Lions Indomptables depuis plus de deux ans : l’État peut-il imposer le sélectionneur parce qu’il en assure la rémunération, ou doit-il contractualiser le technicien choisi par la Fecafoot au titre des prérogatives sportives de la Fédération ? La réponse dépendra notamment de l’interprétation de la Convention du 5 février 2015 et des textes régissant les relations entre l’État, la Fecafoot et les instances internationales du football.
À compter du 8 septembre, le dossier Marc Brys pourrait donc être juridiquement clos, mais la bataille sur le véritable détenteur du pouvoir de nomination et de contractualisation du sélectionneur des Lions Indomptables, elle, pourrait entrer dans une nouvelle phase.
