Par Ilyass Chirac Poumie
Pour Aristide Mono, atteindre l’âge de 93 ans constitue « une grâce inestimable », particulièrement au Cameroun, où l’espérance de vie est de 56 ans pour les hommes et de 58 ans pour les femmes. Il rappelle que l’adversité politique ne doit jamais servir de justification au mépris d’un être humain.
Le politologue explique que la pression exercée autour du retour de Paul Biya et le décompte des jours de son absence poursuivaient trois objectifs précis.
Le premier consistait, selon lui, à placer le président face à ses responsabilités après 44 années de pouvoir et l’obtention d’un nouveau septennat. Le deuxième visait à prévenir toute succession organisée dans l’opacité par des collaborateurs convoitant le fauteuil présidentiel, avec le soutien de la France. Aristide Mono évoque notamment le précédent gabonais, où le décès d’Omar Bongo avait été dissimulé avant l’installation de son fils au pouvoir. Le troisième objectif était de contester la version d’un séjour présidentiel sans caractère médical.
« Il ne s’agit donc aucunement d’une moquerie, encore moins d’une nécessité fondamentale de le voir au pays, car sa présence est égale à son absence, mais d’une vigilance républicaine indispensable », affirme-t-il.
Aristide Mono estime que le véritable problème réside dans le décalage entre l’état physique du président et les exigences de sa fonction. Il décrit un chef de l’État éprouvant des difficultés à rester longtemps debout, à se déplacer et à mouvoir certains membres.
Selon lui, les apparitions publiques de Paul Biya seraient également devenues une source permanente d’inquiétude pour son épouse et ses collaborateurs, contraints de surveiller attentivement chacun de ses mouvements. Le politologue s’interroge ainsi sur la nécessité de maintenir le président dans des activités protocolaires physiquement éprouvantes, alors qu’un retrait lui permettrait de se reposer.
Aristide Mono critique également la couverture réservée aux sorties présidentielles par la Crtv. Il accuse la chaîne nationale d’organiser un jeu d’« apparition-disparition » à l’écran et de déplacer précipitamment ses caméras chaque fois que le président doit effectuer un mouvement, dans le but de cacher ses difficultés.
Sur le plan institutionnel, le politologue considère que les absences prolongées du président de la scène publique et du territoire national renforcent une « vacance de fait » à la tête de l’État. Il affirme que les rivalités liées à sa succession désorganisent la coordination de l’appareil dirigeant et menacent directement la stabilité politique et sécuritaire du Cameroun.
Cette situation permettrait également à une oligarchie proche du pouvoir de s’approprier certaines prérogatives présidentielles, d’aggraver la misère des populations et d’exposer le pays à de graves affrontements.
Aristide Mono reproche par ailleurs au Rdpc de ne pas favoriser l’émergence d’une personnalité capable d’assurer la relève. Il estime que même dans une logique de succession négociée, le parti au pouvoir pourrait trouver un arrangement permettant à Paul Biya de quitter ses fonctions dans des conditions apaisées.
Le politologue accuse enfin certains collaborateurs et soutiens du chef de l’État de privilégier leurs intérêts personnels au détriment de son bien-être. Selon lui, ces responsables cherchent avant tout à prolonger leur accès aux ressources publiques et à conserver leurs positions de pouvoir.
« Ceux qui se réjouissent et acclament alors qu’il se trouve dans des postures physiquement inconfortables ne font preuve d’aucune humanité », écrit-il.
Aristide Mono insiste sur le fait que sa démarche ne vise ni l’âge ni l’état physique de Paul Biya, mais son maintien à la tête de l’État malgré les contraintes visibles imposées par la fonction présidentielle.
« Nous dénonçons simplement le fait qu’il s’accroche à tout prix à une charge qui n’est plus à la hauteur de sa force physique », résume-t-il.
Le politologue conclut que si Paul Biya était son père, il tenterait personnellement de le convaincre de se retirer et demanderait à ses collaborateurs de cesser de l’encourager à poursuivre un exercice du pouvoir devenu, selon lui, physiquement éprouvant.
