Par Arlette Akoumou Nga
L’écrivain camerounais Patrice Nganang s’est invité dans le débat sur les origines du Ndop. Dans un texte argumenté, il soutient que si le coton, le fil et les techniques de tissage sont antérieurs et communs à plusieurs peuples des Grassfields, le design caractéristique du Ndop serait, selon lui, une invention bamum attribuable au roi Njoya.
« Le Ndop est un texte écrit », affirme Patrice Nganang, qui établit un parallèle entre l’écriture sur papier et les motifs inscrits sur le coton. Pour l’écrivain, la question de l’origine du tissu doit ainsi être séparée de celle de la création de son langage graphique.
Il reconnaît une antériorité matérielle du travail du coton et du tissage dans le Nord-Ouest du Cameroun, notamment dans la zone de Ndop et chez les Nso. Il estime toutefois que cette histoire ne suffit pas à attribuer à d’autres communautés la création du système de motifs devenu caractéristique du Ndop.
Au cœur de sa démonstration figure notamment le « Ntieyar », qu’il présente comme une représentation des motifs de la vipère. Nganang établit un lien entre ce symbole et le serpent à deux têtes associé à la royauté bamum ainsi qu’aux récits historiques de traversée d’un fleuve.
L’écrivain s’appuie également sur le Nsang’am, consacré à l’histoire et aux coutumes bamum, pour rattacher cette construction symbolique au règne du roi Njoya. Il souligne que les motifs ont ensuite évolué et se sont enrichis au fil des décennies et des échanges entre les différentes communautés des Grassfields.
Patrice Nganang conteste ainsi l’idée selon laquelle l’invention du Ndop pourrait être attribuée dans son ensemble à un seul groupe bamiléké. Il considère qu’il faut distinguer la matière et les techniques de tissage, héritées d’une histoire régionale plus ancienne, de la conception graphique et symbolique qu’il attribue aux Bamum.
Sa sortie comporte également de virulentes critiques visant les Bamiléké, notamment sur la transmission et l’écriture des langues locales. Ces appréciations relèvent de la position personnelle de l’écrivain et ne constituent pas, à elles seules, une démonstration historique de l’origine du Ndop.
Le texte de Patrice Nganang remet ainsi sur le devant de la scène une question patrimoniale sensible dans les Grassfields : celle de la distinction entre l’origine du coton et du tissage, la fabrication du tissu et la paternité des motifs qui constituent aujourd’hui son identité visuelle.
