Par la Rédaction
Ouagadougou, 8 octobre 2026 (Panorama Papers) – Ibrahim Traoré ne mâche pas ses mots. Dans un entretien avec la presse diffusé le 27 septembre, le président du Faso a qualifié la Cour pénale internationale d’« organe de l’impérialisme » et défendu le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger du Statut de Rome.
« Depuis que ça existe, combien d’Africains ont été amenés à la CPI ? Et combien d’Occidentaux ont été amenés à la CPI ? », a-t-il lancé, dénonçant une « justice à deux vitesses ». Pour étayer son propos, il a cité la guerre en Irak, l’intervention militaire en Libye et la crise postélectorale ivoirienne de 2010-2011 — s’interrogeant notamment sur les responsabilités après l’acquittement définitif de Laurent Gbagbo par la Cour.
Le Niger a notifié son retrait aux Nations unies le 18 juin 2026, le Burkina Faso et le Mali le 24 juin ; les trois démarches ont été enregistrées par l’ONU le 30 juin. Le retrait deviendra effectif dans un an, conformément à l’article 127 du Statut. L’Assemblée des États parties a regretté la décision, tout en rappelant que le retrait n’efface pas les obligations nées pendant la période où ces États étaient parties.
« On a même les moyens de juger ceux qui ne respectent pas nos lois », a affirmé Ibrahim Traoré, plaidant pour des mécanismes judiciaires propres aux pays de l’Alliance des États du Sahel. La décision s’inscrit dans la rupture progressive des trois pays avec les organisations régionales et internationales — après la Cedeao, c’est désormais la justice internationale qui est visée.
Reste une question que le président burkinabè n’a pas tranchée : par quoi remplacer, concrètement, une juridiction internationale dont les trois États dénoncent la partialité sans en proposer l’alternative institutionnelle. La rupture est consommée ; la reconstruction judiciaire de l’AES reste à inventer.
