Par Ross Hill
Paris, 7 octobre 2026 (Panorama Papers) – Le bras de fer est désormais frontal. Mardi, Jean-Luc Mélenchon écrivait sur X que « le banquier central français, ancien collaborateur direct de Macron, prend publiquement parti contre son pays à l’étranger en appelant implicitement les spéculateurs à sanctionner la France à cause de mes propositions » de « foutre la dette au feu ». « C’est un acte de trahison. Il n’y aura pas de prescription en 2027. Il sera poursuivi pour cela », ajoutait le candidat à la présidentielle, promettant des poursuites si les Insoumis arrivent au pouvoir.
Ce mercredi matin sur France Inter, Emmanuel Moulin a répondu : « Je ne me laisserai pas intimider, je continuerai à dire ce que je pense dans le cadre de mon mandat dans l’institution que je préside. […] J’ai été nommé pour 6 ans, je suis indépendant, je continuerai à poursuivre ma mission. » Et d’ajouter, cinglant : « Jusqu’à présent, je ne connaissais qu’un seul pays où on cherchait à intimider le banquier central, c’est l’Amérique de Trump avec Jay Powell », en référence aux menaces de poursuites pénales formulées par Donald Trump contre le patron de la Fed.
À l’origine du clash : une interview accordée lundi par le gouverneur au Financial Times, dans laquelle il estimait que la France risque d’être « étranglée par les taux d’intérêt » si elle ne redresse pas ses finances publiques — sans toutefois mentionner Jean-Luc Mélenchon ni La France insoumise. « La France n’est pas la Grèce au moment de la crise de la zone euro », avait-il nuancé.
La réponse du tribun n’a pas tardé. Sur X, Mélenchon a demandé « où ailleurs dans le monde le président nomme un copain de son équipe technique comme dirigeant de la banque centrale ? Et où ailleurs dans le monde le banquier central élu par personne donne ses avis politiques sur la gestion de son pays ? »
Le fond du dossier reste la dette. Le gouverneur — ex-secrétaire général de l’Élysée, successeur de François Villeroy de Galhau — avait jugé « illégale, dangereuse et inutile » la proposition de Mélenchon d’annuler la part de la dette française détenue par la BCE. Avec un écart de taux France-Allemagne de 1,31 point mercredi matin, « la situation est grave », a-t-il jugé, « mais nous pouvons agir en votant un budget ».
Interrogé sur la perspective de diriger la Banque de France avec Mélenchon à l’Élysée, Moulin a répondu : « Oui, tout à fait. » Son mandat, entamé en juin, court jusqu’en 2032. L’indépendance, rappelle-t-il, « ce sont des règles qui sont dans la loi française et dans les traités ».
Sources : Le Figaro, AFP.
