Home PolitiqueAmérique🇺🇸🇸🇻 États-Unis | Trump-Bukele: L’accord discret derrière les expulsions vers le Salvador

🇺🇸🇸🇻 États-Unis | Trump-Bukele: L’accord discret derrière les expulsions vers le Salvador

En mars 2025, Washington et San Salvador ont conclu un accord permettant aux États-Unis d’expulser des migrants vers le Salvador, où certains ont été incarcérés dans le CECOT. Présentée comme une coopération contre les gangs et l’immigration irrégulière, l’opération a suscité des interrogations sur ses modalités, ses contreparties et les garanties accordées aux personnes transférées.

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Par Ross Hill

Le 15 mars 2025, plusieurs avions quittent les États-Unis à destination du Salvador avec à leur bord des centaines de migrants expulsés par l’administration de Donald Trump. Parmi eux figurent 238 Vénézuéliens que Washington accuse d’appartenir au gang Tren de Aragua.

À leur arrivée, ils sont conduits au Centre de confinement du terrorisme, le CECOT, une prison de haute sécurité emblématique de la politique sécuritaire du président Nayib Bukele.

L’opération marque une nouvelle étape dans la politique migratoire américaine : des personnes expulsées des États-Unis sont transférées vers un pays qui n’est pas nécessairement leur pays d’origine.

Des négociations menées dans la discrétion

L’administration Trump présente l’opération comme un moyen de lutter contre les organisations criminelles et d’éloigner du territoire américain des personnes considérées comme dangereuses.

Mais plusieurs enquêtes journalistiques ont établi que les discussions entre Washington et San Salvador portaient sur un ensemble plus large de questions sécuritaires et migratoires.

Selon PBS Frontline et le média salvadorien El Faro, le gouvernement de Nayib Bukele aurait notamment demandé le transfert vers le Salvador de membres présumés de la MS-13 détenus aux États-Unis.

Les négociations auraient ainsi associé deux dossiers : l’expulsion de migrants depuis les États-Unis et le sort de membres présumés de gangs détenus ou poursuivis sur le territoire américain.

Le CECOT au centre des interrogations

Le choix du CECOT a rapidement suscité des critiques de la part d’organisations de défense des droits humains.

Les autorités américaines ont présenté les personnes transférées comme liées à des organisations criminelles. Mais certaines accusations ont été contestées et plusieurs détenus ne faisaient pas l’objet d’une condamnation pénale aux États-Unis.

Les conditions de détention au Cecot ont également fait l’objet de nombreuses préoccupations, notamment concernant l’accès aux avocats, les possibilités de recours et les garanties procédurales.

Un accord aux implications diplomatiques

L’arrangement entre Washington et San Salvador illustre une évolution de la politique migratoire américaine : le recours à des pays tiers pour éloigner des personnes que les États-Unis souhaitent expulser.

Pour Nayib Bukele, la coopération renforce le rôle du Salvador dans la politique sécuritaire régionale. Pour l’administration Trump, elle offre une possibilité supplémentaire pour mettre en œuvre sa politique d’expulsions.

L’accord soulève toutefois plusieurs questions : quelles garanties juridiques accompagnent les transferts ? Qui est responsable des personnes une fois qu’elles quittent le territoire américain ? Et quels recours leur restent-ils lorsqu’elles sont détenues dans un pays tiers ?

Une expérience qui dépasse le Salvador

En juillet 2025, les Vénézuéliens détenus au CECOT ont finalement été renvoyés au Venezuela dans le cadre d’un accord impliquant Caracas et San Salvador, parallèlement à la libération de prisonniers politiques vénézuéliens et de ressortissants américains détenus au Venezuela.

Le dossier Trump-Bukele illustre ainsi une transformation plus large de la politique d’expulsion américaine. Le Salvador fait partie des pays sollicités par Washington pour accueillir des personnes éloignées des États-Unis.

Au-delà du cas salvadorien, cette pratique pose une question centrale : jusqu’où peut aller le recours à des pays tiers dans une politique d’expulsion, et quelles protections doivent être garanties aux personnes transférées ?

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