Par Olivia Lemot
L’économiste a obtenu 81 voix dans une assemblée de 120 députés, dépassant d’une voix le seuil requis. Après son élection, elle a promis d’exercer ses fonctions au service de tous les citoyens. La présidence, essentiellement représentative, exige une majorité des deux tiers, une contrainte régulièrement source de blocage politique.
Le dénouement suit des négociations entre le Premier ministre Albin Kurti, chef de Vetëvendosje, et Bedri Hamza, dirigeant du Parti démocratique du Kosovo (PDK). L’opposition exigeait l’adoption définitive des modifications concernant les Chambres spécialisées avant le vote présidentiel. Les députés ont finalement approuvé ces amendements en deuxième lecture, avec 88 voix, puis procédé à l’élection de la cheffe de l’État.
Selon Radio Free Europe/Radio Liberty, les changements prévoient notamment un plafond de quinze ans d’emprisonnement, l’exécution des peines au Kosovo et une réduction du champ de compétence du tribunal. Leur adoption parlementaire ne suffit toutefois pas à établir leur applicabilité : des questions constitutionnelles et des engagements internationaux restent en jeu.
Le débat avait provoqué des affrontements lundi 5 octobre autour du Parlement. La police avait utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau. Selon son bilan, six policiers avaient été blessés et onze civils avaient reçu des soins. Des manifestants se sont de nouveau rassemblés mardi pour réclamer l’adoption du texte.
Justina Shiroka Pula possède une double expérience universitaire et politique. Née à Pristina en 1953, elle dirige l’Académie des sciences et des arts du Kosovo. Professeure d’économie, elle a été ministre de l’Énergie et des Mines de 2008 à 2011, puis députée du PDK entre 2011 et 2014. Sa candidature a été proposée par Albin Kurti.
Les Chambres spécialisées reposent sur une modification constitutionnelle et une loi adoptées en août 2015. Elles appartiennent au système judiciaire kosovar, mais siègent à La Haye avec des magistrats et un personnel internationaux. Leur mandat couvre certains crimes de guerre, crimes contre l’humanité et autres infractions commis entre janvier 1998 et décembre 2000, pendant et après le conflit avec la Serbie.
Leur création fait suite aux accusations contenues dans un rapport du Conseil de l’Europe de 2011, puis aux investigations d’une équipe spéciale soutenue par l’Union européenne. Le dispositif distingue les Chambres, chargées de juger, du Bureau du procureur spécialisé, responsable des enquêtes et des poursuites. Le cadre fondateur prévoit leur indépendance à l’égard des institutions kosovares.
