Par Raymond A. Nguimbous
Ce ressortissant de la Lékié, installé dans une fonction dont il est juridiquement déchu, incarne avec un cynisme tranquille les dérives d’un système où les règles ne semblent s’appliquer qu’aux subalternes. Son maintien illégal interroge avec acuité sur les zones d’ombre qui protègent certaines carrières au mépris de la loi.
L’histoire récente du ministère offre pourtant un précédent dont l’ironie est cinglante. On se souvient qu’il y a quelques années, Félix Zogo n’avait pas hésité à initier un arrêté officialisant la mise à la retraite d’un collaborateur du ministre, un rival potentiel. La justice immanente, dans un de ces retournements de situation dont le Cameroun a le secret, avait finalement propulsé l’évincé au Cabinet civil de la présidence de la République. Cet épisode révèle une méthode : une vigilance sélective où la rigueur administrative devient une arme contre autrui, jamais un principe qui s’impose à soi-même.
Au-delà de la simple entorse réglementaire, la personnalité de Félix Zogo est décrite par certains observateurs comme un “cas clinique”. Il serait, selon des analyses de couloir, affligé de ce que la psychologie nomme le “syndrome de la coquille vide” ou “l’incompétent charismatique”. Son parcours professionnel à l’Esstic en porte la marque : sa carrière d’enseignant dans le département de publicité a tourné court après qu’il eut signé des contrats pour les Journées de la publicité sans l’aval de sa hiérarchie, un acte d’insubordination qui a précipité sa disgrâce.
Sa stratégie de survie professionnelle s’est alors construite sur des manœuvres peu académiques. Alors qu’il était chargé de cours et pressé par l’âge pour accéder au grade de maître de conférences, il a opéré un transfuge opportuniste de l’Université de Yaoundé II à celle de Yaoundé I. Là, le professeur Tonyé a œuvré sans relâche pour lui offrir quelques encadrements en master, contre la promesse d’une affectation comme conseiller technique au ministère de la communication. Si Zogo a obtenu son grade, son bienfaiteur, lui, a été abandonné en rase campagne.
Aujourd’hui, le retraité sans retraite lorgnerait déjà vers la direction de la Sopecam, tenue depuis deux décennies par une de ses “sœurs” de la Lékié.
L’opacité qui entoure cet homme s’épaissit davantage avec une affaire scabreuse : le vol d’une somme vertigineuse, une dizaine de millions de francs Cfa, enregistré à son domicile de fonction à l’Hippodrome de Yaoundé. Cette révélation soulève une question troublante : pour quel motif un haut cadre de la République conserve-t-il une telle liquidité, dissimulée sous un lit ? Cette pratique, contraire à toute logique de transparence, alimente les plus vives suspicions quant à l’origine de ces fonds, probable fruit de rétrocommissions. L’accumulation de ces faits dresse le portrait accablant d’un système qui tolère en son sein des incohérences et des illégalités au service d’intérêts particuliers.
