Avec Yves Plumey Bobo (Jeune Afrique)
Qui a vraiment financé la caution de Paul Biya pour la présidentielle du 12 octobre ? Le 13 février, au Palais des sports de Yaoundé, lors des célébrations du 92e anniversaire du chef de l’État camerounais, Paul Biya, des jeunes sélectionnés dans les universités – et rémunérés pour l’occasion selon plusieurs témoignages – lançaient un appel à la candidature du président. Dans la foulée, ils promettaient de réunir les 30 millions de francs Cfa nécessaires au paiement de sa caution électorale.
Six mois plus tard, lorsque Paul Biya officialise sa candidature le 13 juillet dernier, ils ont tenu parole. Et mieux encore : au lieu des 30 millions promis, ils versent 40 millions qui serviront aussi d’avance pour les frais de campagne. Présidée par le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, la cérémonie de remise de la somme s’est tenue au palais présidentiel d’Etoudi, en présence de plusieurs hauts responsables de l’administration.
Parmi eux, Auguste Essomba Asse, président du conseil d’administration de l’hôpital général de Yaoundé depuis 2017, accompagné de Malomba Esembe, député du Sud-Ouest et vice-président de la commission des lois constitutionnelles à l’Assemblée nationale, Afesi Mbafor, membre de la commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme ainsi qu’Emeline Mvogo, cheffe du centre régional des impôts du Centre.
Un investissement d’Amougou Belinga
Or selon nos informations, derrière cette collecte dite « citoyenne », se dresse l’ombre du puissant homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, détenu à la prison de Kondengui, à Yaoundé, dans le cadre de l’affaire Martinez Zogo. Propriétaire d’un empire médiatique (Vision 4, L’Anecdote, Satellite FM…), il est aussi patron de Vision Finance, une société de produits financiers implantée à Yaoundé comme à Douala, laquelle aurait été utilisée pour débloquer les fonds en question.
Toujours selon la même source, 40 millions de francs Cfa ont bien transité vers Auguste Essomba Asse par l’entremise du journaliste Bruno Bidjang, directeur de L’Anecdote et bras droit de l’homme d’affaires incarcéré. Contacté, celui-ci a d’abord indiqué qu’il devait référer de notre démarche à son patron, Jean-Pierre Amougou Belinga, avant de cesser toute communication.
Jean-Pierre Amougou Belinga aurait ainsi cherché, à relativement peu de frais au vu de son aisance financière, à s’attirer les bonnes grâces du camp présidentiel. D’autant que la période lui est assez favorable. En effet, Ferdinand Ngoh Ngoh et Samuel Mvondo Ayolo – directeur du cabinet civil de Paul Biya et soutien d’Amougou Belinga – se sont rapprochés, y compris sur le sort de l’homme d’affaires, un dossier qui les avait opposés jusqu’à maintenant.
