Par Georges Parfait Owoundi
Une absence qui dépasse le simple incident protocolaire et révèle le malaise profond qui entoure la gestion des ressources stratégiques du pays. Car derrière cet épisode, se dessine une réalité dénoncée depuis des années : la confusion persistante entre intérêts publics et intérêts privés. Dans les secteurs les plus rentables de l’économie nationale, les postes clés semblent verrouillés par des réseaux d’influence, où la loyauté compte davantage que la compétence ou l’obligation de résultats. À la tête de la Snh depuis 1993, Adolphe Moudiki incarne cette longévité exceptionnelle devenue, pour ses détracteurs, le symbole d’un système fermé où les équilibres de pouvoir priment sur les exigences de transparence et de renouvellement. Le plus préoccupant reste toutefois l’enjeu de ces négociations avec le Nigeria. La Commission mixte ne traite pas de dossiers secondaires : elle touche directement aux frontières, aux ressources pétrolières et à des revenus capables d’influencer durablement les finances publiques camerounaises.
Dans ce contexte, envoyer une équipe diminuée revient, selon plusieurs observateurs, à exposer le pays dans un rapport de forces déjà sensible. Cette affaire survient d’ailleurs après une série de remaniements internes au sein de la Snh et des équipes techniques chargées des questions stratégiques. Plusieurs cadres expérimentés ont progressivement disparu des circuits de décision, renforçant les accusations de concentration du pouvoir autour d’un noyau restreint. Au fond, ce scandale dépasse les personnes. Il pose une question brutale : qui défend encore réellement les intérêts du Cameroun lorsque les rendez-vous de souveraineté passent après les agendas du clan ? Car pendant que les enjeux territoriaux et pétroliers du pays se discutent, une partie de l’appareil stratégique semble davantage préoccupée par la préservation de ses réseaux que par la protection du patrimoine national. Et dans cette mécanique, le Cameroun apparaît, une fois de plus, comme le grand absent.
