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Cameroun | Affaire Martinez Zogo: La vidéo de la torture du journaliste qui sème la consternation

Au cours de l’audience du lundi 1er juin 2026 devant le Tribunal militaire de Yaoundé, l'expert commis par le ministère public, Georges Bell Bitjocka, a exposé les résultats des analyses de téléphonie et de géolocalisation. Le moment crucial a été la diffusion d'une vidéo de la torture de l'ancien chef de chaîne d'Amplitude Fm. Martinez Zogo apparaît nu dans la poussière, le corps ensanglanté, la bouche entravée par un bâillon, suppliant, en vain, ses bourreaux de le lâcher et englué dans un état agonisant.

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Par Serge Aimé BIKOI

Le premier axe majeur de cette expertise technique repose sur la cartographie des déplacements des deux principaux suspects, en l’occurrence Jean Pierre Amougou Belinga, patron du groupe L’Anecdote, et le lieutenant-colonel Justin Danwe, ancien directeur des opérations de la Direction générale de la recherche extérieure (Dgre). Les relevés de bornage téléphonique et les données de localisation Gps projetés dans la salle d’audience démontrent une présence simultanée, régulière et continue de Jean-Pierre Amougou Belinga et de Justin Danwe au Complexe Beac, situé dans le quartier Mvan dans l’arrondissement Yaoundé IV. Ces rendez-vous récurrents établissent, selon les conclusions techniques, des liens entre le patron du groupe L’Anecdote et le chef du commando opérationnel, contredisant les lignes de défense basées sur l’absence de rapports étroits.

Les données numériques extraites révèlent que Jean-Pierre Amougou Belinga utilisait les capacités opérationnelles de Justin Danwé à des fins de renseignement et de surveillance. L’homme d’affaires a explicitement demandé au haut gradé de la Dgre de placer le ministre des Finances (Minfi) sous une observation étroite, exigeant des comptes-rendus réguliers et détaillés sur les mouvements et les activités du membre du gouvernement. Cette imbrication des rôles éclaire les rapports d’autorité et de subordination qui liaient les deux hommes. C’est au cœur de ces indiscrétions sur les connexions du duo qu’a retenti le choc de 14h45. Pour la première fois, le tribunal a visionné la vidéo montrant les derniers instants de Martinez Zogo. Les images d’une violence extrême exposent le journaliste agonisant, le corps baignant dans une marre de sang, implorant le secours de ses ravisseurs et sombrant dans état agonisant. La diffusion de ce calvaire a plongé la salle d’audience dans la consternation. Yannick Djiki, journaliste à Amplitude Fm, collègue de feu Martinez Zogo, a fondu en larmes, tout autant que Diane Zogo, épouse de Martinez Zogo et bien d’autres personnes massées dans la salle d’audience. Durant cet instant effroyable, certaines personnes ont quitté la salle d’audience ou ont détourné leur regard, refusant manifestement de regarder l’horreur sur cet écran géant.

Sur le plan technique, cette preuve a été extraite grâce aux outils de restauration numérique : absente des mémoires physiques des téléphones saisis, elle était dissimulée dans le compte cloud Google de l’accusé Godje Oumarou, l’un des accusés membre du commando sous les ordres de J. Danwe.

L’expert en cyber sécurité, Bell Bitjocka, a, au cours de son exposé, révélé qu’il n’a pu travailler que sur 18% des téléphones de J.P. Amougou Belinga, soit à peine deux appareils sur les 11 que possédait le patron du groupe L’Anecdote. Par contre, trois des dix téléphones que détenait l’ancien patron de la Dgre, Léopold Maxime Eko Eko, ont été exploités. L’expert ajoute qu’il n’a pas pu faire ressortir les messages supprimés, ainsi que la substance de leurs appels. Bell Bitjocka relève aussi que c’est durant l’intervalle des mois de décembre 2022 à janvier 2023 que les contacts entre les deux hommes ont été réguliers. Un pic d’activités inhabituel comparativement à leurs échanges antérieurs. Aussi le rapport de l’expert a-t-il produit un constat inverse concernant l’ancien directeur général de la Dgre, L.M. Eko Eko. L’analyse exhaustive de l’ensemble de ses téléphones portables n’a révélé aucune donnée, aucune communication, ni aucun point de contact établissant un lien direct avec la planification ou l’exécution de l’opération. En parallèle, le tribunal a acté la lecture des correspondances textuelles entre Justin Danwe et l’ancien Directeur Général des Impôts (Dgi), Modeste Mopa, des éléments dont le colonel-magistrat codifie l’exploitation pour la suite des débats.

Face à la densité des données scientifiques présentées et à la charge émotionnelle de la vidéo du supplice, les avocats des parties civiles, dont le porte-voix est Me Félicité Zeifman, ont sollicité une suspension de séance. Le tribunal a accédé à cette demande à 17h46. La session reprendra ce mardi 2 juin à 10h00 avec l’ouverture de la phase de cross-examination. Jean-Pierre Amougou Belinga, Justin Danwe, Godje Oumarou, Clément Ebo’o, etc. seront confrontés directement aux questions des avocats de la partie civile et du ministère public face à des relevés de géolocalisation et des ordres de mission désormais inscrits au dossier de procédure.

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