Accueil » Cameroun | Affaire Martinez Zogo: Le 33ème témoin de l’accusation battu en brèche par le conseil des parties civiles et de la Dgre

Cameroun | Affaire Martinez Zogo: Le 33ème témoin de l’accusation battu en brèche par le conseil des parties civiles et de la Dgre

Au terme de neuf heures de débats, le tribunal militaire de Yaoundé a décidé de renvoyer l’affaire aux 13 et 14 juillet 2026 pour continuité des débats t poursuite de la cross-examination. Mais tout au long de l'audience, Jean Pierre Ouloumou, expert en informatique et en cyber criminalité, a essuyé de nombreuses critiques des avocats des ayant-droits de Martinez Zogo et de la Direction générale de la recherche extérieure (Dgre).

by Panorama Group, LLC
0 comments

Par Serge Aimé BIKOI

L’audience de ce mardi a été, singulièrement, marquée par la cross-examination des avocats des parties civiles et de la Dgre ayant mis en lumière une kyrielle de questions sur l’objectif, les démarches, ainsi que sur la méthodologie et les conclusions de l’expertise. En effet, face au questionnement des avocats tels Me Félicité Esther Zeifman, Ashu, Calvin Job, Manyim et Me Claude Assira, Jean Pierre Ouloumou s’est retrouvé, maintes fois, dans l’incapacité de fournir des réponses précises et convaincantes à des questions techniques relatives à son propre rapport d’expertise. L’un des moments les plus cruciaux de l’audience a porté sur le cas Jean-Pierre Amougou Belinga, patron du groupe L’Anecdote.

À la surprise générale, l’expert a révélé avoir suggéré au premier juge d’instruction, le magistrat militaire, Florent Aimé Sikati II Kamwo, de remettre l’homme d’affaires en liberté afin de l’utiliser comme « appât » dans l’espoir d’identifier le commanditaire du meurtre du journaliste. Selon J.P. Ouloumou, “cette stratégie devait permettre d’observer d’éventuelles réactions ou prises de contact susceptibles de conduire aux instigateurs de l’assassinat”

L’expert a reconnu, cependant, que cette approche n’avait produit aucun résultat et que le supposé commanditaire n’avait jamais été identifié. Pire encore, Ouloumou a admis n’avoir jamais formalisé cette recommandation par écrit, indiquant que l’échange avec le magistrat s’était uniquement déroulé verbalement. Les débats se sont ensuite concentrés sur l’exploitation du téléphone de Bruno Bidjang. Me Claude Assira a interrogé l’expert sur plusieurs données contenues dans l’appareil et qui, selon la défense, auraient mérité une attention particulière. Parmi ces données, figure un échange avec Paul Daisy Biya, dans lequel Bruno Bidjang lui indique : « Le moment venu, nous serons sans pitié ». Un message datant du 31 janvier 2023, soit neuf jours après la découverte du corps sans vie de Martinez Zogo. Interrogé sur les raisons pour lesquelles cette conversation n’avait pas été portée à l’attention du magistrat instructeur, l’expert a déclaré ne pas lui avoir accordé d’importance particulière au moment de son analyse parce que, explique-t-il, “ce n’était pas pertinent”.

D’autres révélations ont fait l’objet de débats. Les conseils des ayant-droits de Martinez Zogo ont insisté sur les relations entre Bruno Bidjang et le nommé Bidjongo Ombede alias Arthur Essomba, connu dans le dossier sous le surnom de “faux capitaine Essomba”. Selon les éléments évoqués à l’audience, les deux hommes ont été en contact régulier entre le 27 novembre 2022 et le 2 février 2023. Pourtant, ces interactions n’ont pas été exploitées dans le rapport transmis au juge. Face à cet état de choses, l’expert a reconnu que la présence du numéro de téléphone d’Arthur Essomba dans les pièces de l’enquête préliminaire lui avait échappé. Ouloumou a également assumé avoir écarté certaines données qu’il ne jugeait pas nécessaires à soumettre à l’appréciation du magistrat instructeur, privilégiant sa propre méthodologie d’analyse. Ses déclarations ont nourri de critiques sur les critères ayant guidé la sélection des éléments retenus dans l’expertise et sur l’impact que ces choix ont pu avoir sur l’orientation de l’enquête. Selon Zeifman, Job et Assira, des informations potentiellement importantes auraient ainsi été négligées et qui, sans doute, ont un lien direct avec l’affaire de l’assassinat du journaliste, en l’occurrence les échanges entre Chantale Ayissi et Bruno Bidjang, dont un traitement approfondi a été fait dans nos précédentes publications.

Interrogé, in fine, sur de présumées déclarations mettant en cause le Secrétariat général de la présidence de la République (Sgpr), l’expert a rejeté toute implication de cette institution dans ce meurtre. Il a affirmé n’avoir jamais tenu de propos désignant cette personnalité de la République comme commanditaire de l’assassinat du journaliste. En revanche, le commissaire du gouvernement a interrogé l’expert sur la première constatation selon laquelle le journaliste était le fidèle informateur du Sgpr et du directeur adjoint du cabinet civil. À ce sujet, l’expert a listé un état des échanges entre Martinez Zogo et l’épouse du ministre d’État Secrétaire général de la présidence de la République. Échanges traitant de bien d’affaires de la République où sont entremêlés les noms de certains membres du gouvernement, d’un homme d’affaires et d’un patron de presse aujourd’hui écroué à la prison principale de Yaoundé.

You may also like

0 0 votes
Évaluation de l'article
Subscribe
Notify of
guest

0 Commentaires
Need Help? Chat with us
Panorama Papers
Support online
0
Would love your thoughts, please comment.x
()
x
Send this to a friend