Par Mon’Esse
La section des commerçants de l’arrondissement camerounais de Bétaré-Oya (Est) a annoncé, par voie de communiqué parvenu mercredi à la rédaction, un préavis de grève pour la période allant du 3 au 6 juillet, pour dénoncer «des pratiques de racket systématique imputées à des éléments des forces de défense et de sécurité déployés» dans la circonscription.
Dans ce document adressé au préfet du département du Lom et Djerem, l’Ascoabo relate des pratiques d’extorsion de fonds attribuées à des éléments de la police, de la gendarmerie et de l’armée, opérant sur les différents axes routiers de l’arrondissement.
Son président, Ousmanou Alhadji Ahmadou, si les commerçants ne s’opposent pas, dans le principe, aux opérations de contrôle sécuritaire dans cette zone sensible aux confins de la frontière avec la République centrafricaine, ils contestent, par contre, leur dérive systématique vers la prédation financière.
«Durant tout le trajet, ils ne demandent pas les CNI (cartes nationales d’identité), ils se contentent uniquement de prendre de l’argent» à l’instar de l’axe menant à Dang Patou, localité distante d’à peine 80 kilomètres : ici, le coût du transport sur ce tronçon aurait atteint 20.000 francs, un tarif jugé prohibitif et directement imputable à la multiplication des points de contrôle rémunérés.
Les chantiers aurifères seraient, selon l’association, quasi enclavés par ces dispositifs de contrôle. La nuit tombée, à partir de 18h, des militaires barreraient le pont, rançonnant tous les passants, y compris des agriculteurs se rendant à leurs champs.
Le poste de contrôle entre Ndokayo et Bétaré-Oya, rappelle l’Ascoabo, avait déjà été supprimé dans le passé du fait des exactions qui y étaient constatées, mais sa récente réinstallation est perçue comme «un retour en arrière : opérationnel désormais tous les jours de la semaine contre deux jours seulement sous sa première mouture, ce checkpoint cumule à nouveau les signalements négatifs».
Au-delà du secteur du transport, l’association constate que c’est l’ensemble de l’économie locale qui subit les répercussions de ces pratiques : «Les commerçants, contraints de répercuter ces charges informelles sur le prix des marchandises, alimentent mécaniquement une inflation locale qui pénalise en bout de chaîne le consommateur», qui paye les dépens, remettant à mal les efforts du gouvernement pour lutter contre la vie chère.
L’Ascoabo souligne, dans sa correspondance, souligne que les fonctionnaires résidant dans ces zones, motocyclistes-taxis, transporteurs et simples riverains sont, tous, indistinctement concernés par ce qu’il qualifie de rançonnage généralisé.
Ousmanou Alhadji Ahmadou, également conseiller municipal, indique avoir jusqu’ici contenu la grogne des populations, redoutant une flambée sociale, mais avertit que le contexte électoral à venir, avec les scrutins législatifs et municipaux attendus en 2027, pourrait transformer ce mécontentement en signal politique négatif si la situation n’est pas rapidement assainie.
Faute de réponse satisfaisante à leurs précédentes dénonciations, les commerçants annoncent une opération baptisée «boutiques et transports morts», consistant en la fermeture totale des commerces et l’arrêt complet des transports en commun dans l’arrondissement pendant quatre jours.
