Par Sandra Embollo
Les enquêtes sur le faux décret présidentiel présenté à la CRTV et sur les exportations d’or camerounais semblent désormais se rapprocher du cœur du pouvoir. Dans une enquête publiée ce 30 juin, Jeune Afrique révèle que le directeur adjoint du cabinet civil de la Présidence de la République, Oswald Baboke, a été entendu par les enquêteurs du Tribunal criminel spécial (TCS).
Selon le magazine, le haut responsable a été auditionné une première fois le 26 juin et devait de nouveau comparaître devant les enquêteurs les 30 juin et 1er juillet. Ces auditions porteraient sur deux dossiers distincts qui alimentent de nombreuses interrogations au Cameroun.
Le premier concerne le faux décret présidentiel qui avait été déposé à la CRTV en vue de sa diffusion. L’affaire avait provoqué une onde de choc jusque dans les cercles du pouvoir en raison de la présence de sceaux officiels et d’une signature attribuée au chef de l’État sur le document.
Citant des sources proches des investigations, Jeune Afrique affirme que les enquêteurs cherchent désormais à reconstituer toute la chaîne ayant permis la fabrication et l’acheminement de ce document jusqu’à la télévision nationale. Le média rapporte également que l’auteur présumé du dépôt est détenu au Secrétariat d’État à la Défense (SED), tandis qu’une note des services de renseignement évoquerait une « tentative de coup d’État manqué ».
Le second dossier porte sur la filière aurifère camerounaise. Selon Jeune Afrique, les investigations sont parties d’importantes divergences entre les volumes d’or officiellement exportés par le Cameroun et les quantités enregistrées sur le marché de Dubaï. Le magazine indique que les enquêteurs ont souhaité entendre Oswald Baboke après que son nom et ceux de certains de ses proches, notamment sa fille Indira Baboke, ont été cités dans ce dossier.
Le responsable présidentiel conteste toutefois toute implication dans des activités illicites, précise le média.
Toujours selon Jeune Afrique, les auditions ne s’arrêteraient pas à Oswald Baboke. Plusieurs autres personnalités, y compris des proches de la famille présidentielle, pourraient être convoquées afin de faire avancer ces deux enquêtes, dont les ramifications semblent dépasser largement les faits initiaux.
Si ces informations étaient confirmées officiellement, elles marqueraient une nouvelle étape dans deux dossiers particulièrement sensibles, l’un touchant à la sécurité des institutions de l’État et l’autre à la gouvernance des ressources minières du Cameroun.
À ce jour, aucune communication officielle du Tribunal criminel spécial, du parquet ou de la Présidence de la République n’est venue confirmer ou infirmer les informations publiées par Jeune Afrique. Les auditions rapportées par le magazine ne constituent pas des preuves de culpabilité et ne préjugent pas des conclusions des enquêtes.
Le dossier du faux décret présidentiel est considéré comme l’une des affaires institutionnelles les plus marquantes de ces derniers mois au Cameroun. Il est né après la tentative de dépôt, à la Crtv, d’un document présenté comme un décret présidentiel annonçant un important réaménagement des institutions de l’État. En parallèle, les autorités s’intéressent également aux flux d’exportation de l’or camerounais, après la mise en évidence d’écarts entre les statistiques nationales et les données d’importation enregistrées aux Émirats arabes unis, un dossier susceptible d’avoir d’importantes implications économiques et judiciaires.

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