Par Sandra Embollo
Dans une note d’information publiée le 7 juillet 2026, Mandela Center International (MCI) affirme avoir relevé de nombreuses irrégularités dans la procédure d’indemnisation des populations affectées par les travaux de sécurisation et d’extension du domaine aéroportuaire de Bertoua, dans la région de l’Est.
L’organisation indique accompagner depuis plusieurs années le Collectif des populations des lieux-dits « Aviation » et « Mboutoutou » et affirme avoir conduit une mission d’établissement des faits sur le terrain, conformément aux standards internationaux relatifs aux enquêtes sur les droits de l’homme.
Selon Mandela Center International, 708 familles avaient été recensées en 2022 par la Commission de constat et d’évaluation comme étant concernées par les expropriations liées au projet. L’Ong soutient toutefois que la procédure d’indemnisation actuellement mise en œuvre comporte de nombreuses anomalies.
Elle affirme notamment que, sur les 708 ménages initialement enregistrés, seuls 89 auraient été retenus pour les indemnisations, tandis qu’une soixantaine de noms qu’elle qualifie de « fictifs » auraient été introduits dans le processus pour un montant estimé à près de 490 millions de Fcfa. L’organisation évoque également des incohérences dans les coordonnées Gps des parcelles concernées ainsi que des divergences entre les délimitations officielles et celles observées sur le terrain.
Mandela Center International s’interroge par ailleurs sur le maintien de l’aéroport sur son site actuel, estimant que de vastes superficies non occupées situées à proximité pourraient accueillir les nouvelles infrastructures avec un impact social moindre pour les populations riveraines.
L’Ong rappelle avoir saisi, le 23 mars 2026, le président de la République, le Premier ministre ainsi que le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières afin de dénoncer les irrégularités qu’elle dit avoir constatées.
Dans son communiqué, Mandela Center International demande la suspension immédiate de la procédure d’indemnisation, l’ouverture d’une enquête indépendante et impartiale, ainsi que des poursuites contre les éventuels responsables. L’organisation réclame également la destitution du préfet du Lom-et-Djérem, qu’elle accuse de graves manquements dans la conduite du dossier.
L’Ong prévient enfin que si les droits des populations concernées ne sont pas pleinement pris en compte, elle saisira les instances internationales compétentes pour défendre les intérêts des personnes qu’elle considère comme victimes d’atteintes à leurs droits fonciers.
Le projet de sécurisation et d’extension de l’aéroport de Bertoua s’inscrit dans le Programme d’investissement prioritaire (PIP) 2024-2026 du gouvernement camerounais. Il prévoit la réhabilitation des aéroports de Bertoua, Kribi et Tiko pour un coût global annoncé de 72 milliards de Fcfa, avec une livraison des travaux attendue en 2027. Les autorités camerounaises n’ont pas, à ce stade, publiquement réagi aux nouvelles accusations formulées par Mandela Center International.
