Avec Jeune Afrique
L’enquête se poursuit à Yaoundé autour du secteur aurifère. Demandée par le président Paul Biya dès février 2026 après les révélations de la Sonamines, qui a constaté d’énormes écarts entre les exportations d’or déclarées par le Cameroun et le volume national vendu à Dubaï –, celle-ci a été confiée au Tribunal criminel spécial (TCS). Selon les informations de Jeune Afrique, Oswald Baboke, directeur adjoint du cabinet civil du chef de l’État, a été entendu à trois reprises par des magistrats de cette juridiction.
L’objectif des enquêteurs : identifier les réseaux impliqués dans l’exportation illicite de l’or, passer au crible les conditions d’attribution des permis miniers, établir les responsabilités administratives et politiques. Or, d’après le dossier d’enquête en cours de montage, Oswald Baboke est soupçonné de participer à certains réseaux impliqués dans ce trafic. Les enquêteurs évoquent de présumées pressions qu’il aurait exercées auprès de l’ex-ministre des Mines pour obtenir des licences d’exploitation.
La jungle des prête-noms
Les premières investigations ont conduit le ministère des Mines à rendre publique une liste constituée d’une cinquantaine de titulaires de permis d’exploitation minière jugés frauduleux. Le nom d’Oswald Baboke n’y figure pas. Cependant, les enquêteurs estiment plausible que les réseaux illégaux recourent largement à des prête-noms pour dissimuler les véritables bénéficiaires des permis. Selon leurs investigations, plusieurs seraient susceptibles d’être liés à Oswald Baboke et à des membres de son entourage.
Selon nos informations, des agents de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) devraient prochainement être envoyés à Dubaï, plaque tournante présumée de l’or camerounais sorti frauduleusement du pays. Plusieurs proches du directeur adjoint du cabinet civil de Paul Biya y résident et les enquêteurs auront pour mission d’analyser leurs circuits financiers et commerciaux. « La question n’est pas de savoir quel nom figure sur les documents, mais qui est derrière ces entreprises », indique une source proche de l’enquête.
Ce même interlocuteur assure que « l’or quitte le territoire via des jets privés et des valises diplomatiques non soumises aux contrôles habituels ». Il évoque également des éventuelles complicités au sein du Bataillon d’intervention rapide (BIR). Cette unité d’élite de l’armée camerounaise – formée depuis le début des années 2000 par des conseillers israéliens de la présidence – est en partie chargée des opérations de sécurisation des ports et des aéroports du Cameroun, par lequel transite l’or à destination de Dubaï.
Une enquête au large périmètre
Les services de renseignement camerounais ont recensé plusieurs sociétés au Cameroun et à l’étranger liées à Oswald Baboke. Ils s’intéressent aussi à des investissements immobiliers et des établissements hôteliers, au parc de voitures de luxe et à d’autres actifs significatifs de sa famille, ainsi qu’à des véhicules importés en lien avec la présidence de la République. La deuxième audition d’Oswald Baboke par le TCS s’est déroulée en présence d’agents de la Direction de la sécurité présidentielle (DSP).
D’après notre source proche du dossier, les enquêteurs considèrent que les infractions financières pourraient s’inscrire dans un ensemble plus vaste et plus politique. C’est, selon nos informations – et même cela n’a pas été officiellement annoncé –, la deuxième fois que Paul Biya ordonne de telles investigations associant des magistrats du TCS et la DSP. Plusieurs hauts gradés de l’armée sont aussi concernés. Un colonel a récemment été convoqué par la sécurité présidentielle. Les téléphones d’un de ses enfants et de ses chauffeurs ont été saisis.
Par l’intermédiaire de son épouse, Awapira Crescence Baboke, cadre de l’administration fiscale, Oswald Baboke a jusqu’ici réfuté catégoriquement toute implication dans des activités illicites. Ses proches dénoncent un « acharnement » judiciaire et un complot politique contre sa personne. Ils assurent que le nom du directeur adjoint du cabinet civil de Paul Biya – qui a par ailleurs été aussi entendu récemment dans une autre enquête, celle dite « du faux décret » – a été injustement associé à ce dossier.
