Par Léopold DASSI NDJIDJOU
Le thème du défilé militaire du 14 juillet 2026 sur les Champs-Élysées est “Le Réveil stratégique de l’Europe”. La guerre en Ukraine qui a enfanté toutes les contradictions au sein de l’Otan et surtout la position de lâchage ou d’ambiguïté de l’administration de Donald Trump, a contraint Emmanuel Macron, le seul détenteur de l’arme nucléaire au sein de l’Union européenne à revoir de fond en comble la copie de la Défense du vieux continent. Il faut composer désormais avec le Royaume-Uni pour construire un parapluie stratégique en parfaite indépendance de Washington.
C’est le grand chantier de la France et son défilé de ce 24 juillet en dit long de par les contingents militaires invités à la parade. Cette année l’Afrique sera assise à la tribune avec les chefs des Comores, du Kenya et du Gabon. Le continent est là, représentée dans sa diversité linguistique et culturelle. Pour ne pas arranger les choses, le séisme ukrainien secoue les convictions stratégiques précisément à l’heure où la France est en perte de vitesse dans le Sahel. C’est un euphémisme de le dire, la France a perdu ses positions au Mali, au Burkina Faso et au Niger. L’architecture sécuritaire du G5 Sahel qui unissait en plus de ces trois pays, le Tchad et la Mauritanie a volé en éclats avec la série des coups d’Etat dans la zone jusqu’en 2023.
Paris a encaissé le coup, stoïque et digne, consciente de la guerre hybride que lui mène sans pitié l’ogre russe sur tous les fronts. Le locataire de l’Elysée l’a d’ailleurs martelé à profusion à chaque étape de sa tournée africaine en 2022, dont le Cameroun.
A l’heure où la France est au cœur de la construction ou de la reconstruction d’une stratégie de la Défense propre à l’Europe au détriment de l’Otan, l’Afrique est-elle à l’abandon et par conséquent a une liberté de manœuvre à la portée ? Il ne s’agit pas là d’une question simpliste. Que dire de la situation sécuritaire dans les trois pays du Sahel après leur émancipation de l’appareillage sécuritaire piloté par Paris? En dehors de toute communication triomphaliste et chauviniste, il y a lieu d’avouer que la situation est mitigée ou même préoccupante. Au Mali, le 25 d’Avril 2026, une violente attaque sans précédent, venue du Nord a frappé au cœur des Institutions, tuant au passage le ministre de la Défense,le général Sadio Camara. Panique à Bamako. Que ce soit au Burkina Faso ou au Niger, les attaques terroristes sont fréquentes.
Le 18 juin 2026, une attaque revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans a fait au moins 13 morts dont 11 militaires et 2 civils et 22 assaillants neutralisés. Le 4 juillet 2026 au Burkina Faso, au moins une cinquantaine de soldats et de volontaires pour la défense de la patrie ont été tués lors d’attaques menées par les terroristes.
Ces exemples sont là pour rappeler que le combat contre le terrorisme n’est jamais gagné à l’avance, qu’importe le parapluie sous lequel on est abrité, les attaques sont reccurentes, again and again.
Le déclic en Ukraine?
Dans la construction de la Défense européenne chapeautée par Paris, il va sans dire que l’Afrique n’est pas out. Il serait naïf de le penser. Si l’Europe arrive à bouter la Russie hors de l’Ukraine, autrement dit, si Poutine perd contre Zelensky, il va sans dire que l’écriture de la paix se fera avec le départ de la Russie du Sahel et de la Centrafrique. Sur le terrain, face à la montée en puissance de l’armée ukrainienne, le Kremlin répond ces derniers temps avec un déluge de feu imparable sur Kiev. Avec les attermoiements de l’Otan et et des États-Unis face à la demande en armes et munitions de précision, la France et l’Europe ont décidé de prendre le taureau par les cornes. Moscou va-t-il un jour capituler sur le terrain militaire ? Avec le départ de Macron en 2017, cette politique sera-t-elle poursuivie ? De même avec le départ de Donald Trump, les États-Unis vont-ils rentrer au sein de l’Otan de manière plus significative ? Ces questionnements ouvrent la porte à toutes les incertitudes qui englobent la politique portant sur le Réveil stratégique de l’Europe et en partant de l’architecture sécuritaire française en Afrique.
