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Cameroun | L’ombre de Magufuli plane sur le débat autour de la longue absence de Paul Biya

Yaoundé – La longue absence du président camerounais Paul Biya continue d'alimenter les interrogations et ravive le souvenir d'un précédent africain : celui de l'ancien président tanzanien John Pombe Magufuli, dont la disparition de la scène publique en 2021 avait précédé l'annonce de son décès, après plusieurs semaines de démentis officiels et de spéculations.

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Par Ilyass Chirac Poumie

Dans une analyse publiée par The Africa Report, l’universitaire britannique Nic Cheeseman rappelait que les rumeurs politiques, bien qu’elles puissent être erronées, traduisent souvent un déficit d’information officielle. Son article, intitulé « Le grand mystère Magufuli : ce que la disparition d’un président révèle sur la politique en Tanzanie », revenait sur la gestion opaque de la maladie du dirigeant tanzanien.

Réélu en novembre 2020, John Magufuli avait cessé toute apparition publique le 21 février 2021. Très rapidement, des rumeurs ont évoqué une contamination à la COVID-19. Les autorités avaient pourtant assuré que le chef de l’État se portait bien, refusant de communiquer sur sa localisation, tout en affirmant que cette question relevait de sa vie privée.

Au fil des semaines, les inquiétudes de la population se sont amplifiées. Des médias kényans ont affirmé que Magufuli était hospitalisé à Nairobi, tandis que la vice-présidente Samia Suluhu Hassan soutenait qu’il recevait des soins dans des établissements hospitaliers situés en Tanzanie. Le silence persistant du pouvoir a nourri toutes les spéculations, jusqu’à celles annonçant sa mort.

Le 17 mars 2021, le gouvernement a finalement confirmé le décès du président. Selon plusieurs analyses politiques, cette annonce serait intervenue après plusieurs jours de tractations internes au sein du parti au pouvoir, le Chama Cha Mapinduzi (CCM), certains responsables souhaitant influencer le processus de succession avant que la disparition du chef de l’État ne soit rendue publique.

Au Cameroun, cette séquence historique est aujourd’hui évoquée par certains observateurs en raison de l’absence prolongée de Paul Biya. Le président de la République, âgé de 93 ans, a quitté le Cameroun le 7 juin pour ce qui avait été présenté comme « un bref séjour privé en Europe ». Près de cinquante jours plus tard, il n’a toujours pas regagné le pays.

Les autorités assurent que le chef de l’État continue d’exercer pleinement ses fonctions. Le secrétaire à la communication du Rdpc et ministre de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, a récemment affirmé qu’il n’existait « aucune vacance à la présidence » et que la Constitution ne fixe aucune limite à la durée d’un séjour du président à l’étranger.

Dans le même temps, de nombreuses spéculations persistent sur une éventuelle hospitalisation du président dans un établissement médical à Genève, en Suisse. Aucune preuve publique n’est venue confirmer ces informations, qui ont été largement relayées sur les réseaux sociaux et dans certains médias.

Cette absence intervient dans un contexte politique particulièrement sensible. Quelques mois auparavant, une révision constitutionnelle avait réintroduit la fonction de vice-président de la République. Or, à ce jour, aucun titulaire n’a été nommé à ce poste. Par ailleurs, le remaniement ministériel annoncé par Paul Biya après l’élection présidentielle d’octobre dernier n’a toujours pas eu lieu.

Alors que plusieurs analyses évoquent l’existence de rivalités internes autour de la succession au sommet de l’État, les Camerounais continuent de s’interroger sur l’état de santé du chef de l’État et sur les conséquences institutionnelles de son absence prolongée.

Si le précédent tanzanien ne permet en aucun cas de tirer des conclusions sur la situation camerounaise, il illustre néanmoins les risques qu’entraîne l’absence de communication officielle sur l’état de santé d’un chef d’État. Dans de telles circonstances, le manque d’informations vérifiables laisse inévitablement la place aux rumeurs, aux spéculations et aux tensions politiques.

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