Par Cynthia Konan Tawa
Cette décision rapproche davantage le Tchad de la position défendue par les pays de la Confédération des États du Sahel (AES), à savoir le Burkina Faso, le Mali et le Niger, qui ont eux aussi engagé leur retrait de la CPI ces dernières semaines.
Dans un communiqué signé par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Ibrahim Adam Mahamat, les autorités expliquent que cette décision fait suite à un examen approfondi du fonctionnement de la Cour depuis son entrée en activité en 2002. N’Djaména estime que les résultats obtenus par la CPI sont largement en deçà des attentes ayant présidé à sa création et critique une « sélectivité érigée en principe ».
Le gouvernement tchadien s’appuie notamment sur les statistiques de la Cour arrêtées au 11 mai 2026. Selon lui, sur les treize enquêtes ouvertes depuis la création de la CPI, neuf concernent des pays africains, parmi lesquels l’Ouganda, la République démocratique du Congo, le Soudan (Darfour), la République centrafricaine, le Kenya, la Libye, la Côte d’Ivoire, le Mali et le Burundi. Les quatre autres enquêtes ouvertes hors du continent auraient connu des avancées beaucoup plus limitées. N’Djaména souligne également que, parmi les sept personnes alors détenues par la CPI, six sont poursuivies dans des affaires africaines.
Le retrait du Tchad intervient dans un contexte de contestation croissante de la juridiction internationale sur le continent africain. Entre le 18 et le 24 juin 2026, le Burkina Faso, le Mali et le Niger, membres de la Confédération des États du Sahel, ont eux aussi officiellement notifié leur retrait du Statut de Rome, dénonçant une justice jugée déséquilibrée et appelant au renforcement des mécanismes judiciaires africains.
Le gouvernement tchadien invite à son tour l’Union africaine et ses États membres à accélérer la mise en place d’institutions judiciaires continentales capables de poursuivre les auteurs des crimes les plus graves, tout en respectant davantage la souveraineté des États. Les autorités insistent toutefois sur le fait que cette décision ne constitue pas un renoncement à la lutte contre l’impunité, mais traduit leur volonté de privilégier les juridictions nationales et africaines.
Conformément à l’article 127 du Statut de Rome, le retrait du Tchad prendra effet le 27 juillet 2027, soit un an après la notification officielle adressée au dépositaire du traité.
Créée en 2002, la Cour pénale internationale est chargée de poursuivre les auteurs présumés de génocide, de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et, depuis 2018, du crime d’agression lorsque les juridictions nationales ne peuvent ou ne veulent pas agir. Depuis plusieurs années, plusieurs dirigeants africains reprochent à la CPI de concentrer l’essentiel de ses enquêtes sur le continent, alimentant un débat récurrent sur son impartialité et sur la nécessité de renforcer des mécanismes judiciaires africains capables de traiter ces crimes au niveau régional. Le retrait du Tchad renforce cette dynamique et constitue un nouveau défi pour la légitimité et l’universalité de la juridiction internationale.
