Par Hippolite Ikome
Dr Success Nkongho, président du Cameroon Liberation Movement et ancienne figure de la mouvance séparatiste anglophone ayant quitté la lutte pour s’engager dans une démarche de dialogue avec Yaoundé, met directement en cause le ministre d’État, secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, dans la persistance de la crise qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis près d’une décennie.
Dans une sortie particulièrement virulente relayée sur les médias sociaux, Success Nkongho affirme que Ferdinand Ngoh Ngoh instrumentaliserait plusieurs ministres et hauts responsables originaires des régions anglophones afin d’affaiblir l’autorité du Premier ministre, Joseph Dion Ngute. Selon lui, ces responsables seraient encouragés à ne pas respecter le chef du gouvernement, pourtant lui-même originaire du Sud-Ouest et impliqué dans plusieurs initiatives destinées à favoriser le retour de la paix.
Nkongho affirme également que le secrétaire général de la présidence aurait déclaré à certains de ces responsables qu’il serait « ministre à 80 % », une formule que l’ancien leader séparatiste présente comme l’illustration de l’influence considérable qu’exercerait Ferdinand Ngoh Ngoh sur une partie de l’appareil gouvernemental. Il n’apporte toutefois pas, dans cette sortie, d’éléments matériels permettant de vérifier indépendamment cette affirmation.
Plus grave encore, Success Nkongho établit un lien entre les ambitions politiques qu’il prête au SGPR et l’arrestation en 2023 de l’ancien directeur général de la recherche extérieure, Léopold Maxime Eko Eko, dans le cadre de l’affaire Martinez Zogo. Il affirme que l’ancien patron du renseignement constituait un obstacle aux projets de Ferdinand Ngoh Ngoh parce qu’il aurait refusé de collaborer à une entreprise destinée, selon ses accusations, à fragiliser Paul Biya et à préparer une succession au sommet de l’État.
L’ancien séparatiste va plus loin. Il soutient que Ferdinand Ngoh Ngoh aurait intérêt à laisser perdurer la crise anglophone jusqu’à une éventuelle accession à la présidence de la République. Son objectif serait alors, selon Nkongho, de parvenir lui-même à un règlement du conflit afin d’apparaître auprès de l’opinion comme celui qui aura réussi là où les autres ont échoué et de construire ainsi une image d’« homme providentiel ».
Ces accusations n’ont, à ce stade, fait l’objet d’aucune réaction publique de Ferdinand Ngoh Ngoh. Elles doivent donc être considérées comme les affirmations de Success Nkongho, qui engage sa responsabilité sur leur contenu.
Cette sortie intervient alors que le nom de Ferdinand Ngoh Ngoh a déjà été cité dans des accusations similaires concernant la gestion de la crise anglophone. Le capitaine Cyrille Atonfack Guemo Effoudou avait lui aussi publiquement mis en cause le secrétaire général de la présidence, l’accusant d’avoir fait obstacle à des initiatives destinées à rechercher une issue au conflit.
Déclenchée en 2016 par des revendications d’avocats et d’enseignants anglophones contre ce qu’ils dénonçaient comme la marginalisation des systèmes juridique et éducatif anglophones, la crise s’est progressivement transformée en conflit armé entre forces gouvernementales et groupes séparatistes réclamant l’indépendance d’un État baptisé « Ambazonie ». Les violences ont fait des milliers de morts et provoqué d’importants déplacements de populations dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Le gouvernement avait organisé en 2019 le Grand dialogue national, présidé par Joseph Dion Ngute, et accordé un statut spécial aux deux régions anglophones. Plusieurs années plus tard, les affrontements, enlèvements et assassinats continuent cependant d’être signalés, tandis que les responsabilités dans l’échec d’un règlement politique de la crise alimentent désormais une bataille ouverte au sein même des cercles proches du pouvoir.
