Par Hajer Elina
L’affaire fait déjà grand bruit au Cameroun. Sylyac Marie Mvogo, préfet du département du Wouri, qui englobe une grande partie de Douala, a été interpellé ce mercredi matin à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, en France, alors qu’il était en possession d’une importante quantité d’argent liquide.
Selon les informations publiées ce mercredi par plusieurs médias camerounais, 130 000 euros auraient été découverts dans ses bagages, soit environ 85 millions de Fcfa. Le haut fonctionnaire camerounais aurait ensuite été retenu pour être entendu par les services français sur les circonstances du transport de cette somme et, notamment, son origine et sa destination.
À ce stade, aucune communication officielle des autorités françaises consultable publiquement ne permet cependant d’établir qu’il est formellement poursuivi pour « trafic de devises ». Il convient également de distinguer le transport d’espèces de l’origine éventuellement illicite des fonds : les premières informations disponibles ne permettent pas encore de déterminer la provenance de l’argent.
L’interpellation provoque néanmoins une avalanche de réactions sur les médias sociaux camerounais, où le préfet est régulièrement présenté par ses détracteurs comme l’un des visages de la politique de fermeté menée contre l’opposition à Douala. Après la présidentielle de 2025, Sylyac Marie Mvogo avait notamment menacé d’appliquer la « rigueur » de la loi contre les promoteurs des appels aux villes mortes et à la désobéissance civile.
L’affaire prend également une dimension politique dans un contexte de fortes interrogations sur la fin de règne de Paul Biya. Sur les médias sociaux, certains opposants y voient déjà le symbole d’une possible mise à l’abri à l’étranger de fortunes constituées par des responsables du système au pouvoir. Aucun élément disponible à ce stade ne permet toutefois d’établir que les fonds retrouvés sur Sylyac Marie Mvogo proviennent de deniers publics ou auraient été détournés au Cameroun.
Sylyac Marie Mvogo dirige le département du Wouri depuis février 2024. Administrateur civil principal, il avait été nommé par décret présidentiel du 18 janvier 2024 après avoir exercé comme préfet de la Mvila, dans la région du Sud.
Son passage à la tête du Wouri a été marqué par plusieurs décisions musclées en matière d’ordre public, notamment face aux mouvements de contestation et aux appels à la désobéissance civile à Douala. L’évolution de son dossier en France sera désormais particulièrement scrutée, notamment pour déterminer la provenance des 130 000 euros et les suites judiciaires ou douanières qui pourraient être données à son interpellation.
