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Cameroun | Rapport: La Société de raffinage abandonnée aux prédateurs

L’entreprise publique, dont l’administrateur-directeur général est malade et impotent depuis de nombreuses années, est plombée par la mal-gouvernance, selon le dernier rapport du commissaire aux comptes.

by world top news
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Par Félix C. Ebolé Bola

Le commissaire aux comptes de la Société nationale des hydrocarbures (Snh) du Cameroun indique n’avoir jamais reçu le rapport de gestion du conseil d’administration de cette société publique.

Dans son audit des comptes 2025, dont la rédaction a pu consulter de larges extraits, Cac International pointe en effet «une dizaine d’irrégularités qui écornent la crédibilité» de la gouvernance de l’entreprise qui ne dispose toujours pas d’un registre des titres, un document essentiel pour retracer la composition de son capital.

S’agissant de la méthode d’évaluation des indemnités de fin de carrière, l’auditeur affirme que le calcul retenu n’est pas conforme à la méthode adoptée par la direction générale en septembre 2024, dont l’application aurait contraint la Snh à augmenter de 7,3 millions d’euros ses provisions pour pensions et obligations assimilées, le montant total devant alors dépasser 15,5 millions d’euros.
La charge supplémentaire a ainsi lourdement pesé sur le bénéfice net, qui en 2025 s’élevait à 30,4 millions d’euros, c’est-à-dire le montant plus faible enregistré par l’entreprise depuis 2019, au moins, avec un éventuel effet fiscal qui l’aurait été ramené à quelque 23,2 millions d’euros.

En ce qui concerne le conseil d’administration, l’auditeur note que l’administrateur El Hadj Lawan Bako, remplacé le 4 juillet 2025 par décret présidentiel au profit de Doh Ganyonga III, continu de siéger au conseil alors qu’il n’en a plus la qualité, une situation «susceptible d’affecter la régularité des décisions adoptées lors des sessions concernées, dans la mesure où la participation aux votes d’une personne ne disposant plus de la qualité d’administrateur peut entacher la validité des délibérations correspondantes».

De même, 6 ans après sa transformation en société anonyme par décret présidentiel, la Snh n’a pas encore tenu d’assemblée générale annuelle d’approbation des comptes, une formalité pourtant imposée par les règles de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada).

Il en va ainsi du conseil d’administration, qui n’a plus siégé depuis plus de 6 ans, l’administrateur-directeur général, Adolphe Moudiki, étant malade et ne souhaitant visiblement que l’instance, présidée par le secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, vienne mettre le nez dans ce qu’il considère comme son affaire personnelle.

Aujourd’hui, et sans autre formalité, la Snh est de fait dirigée par la très autoritaire Nathalie Moudiki, l’épouse de l’autre, dont le premier projet phare, sans consultation du conseil d’admistration, est la construction d’une raffinerie modulaire dans la ville balnéaire de Kribi (Sud).
Prévu pour entrer en service d’ici fin 2026, la Snh va, à coup sûr, être contrainte de revoir ses plans, sa finalisation de l’infrastructure restant suspendue au transfert, par l’entreprise publique, d’environ 200 millions de dollars dans un compte logé à Dubaï et appartenant à son associé, Cstar Tank Farm Project Management.

En 2025, apprend-on, la Snh a déboursé 10 millions de dollars pour acquérir 20% du capital de cette société de droit émirien, un véhicule d’investissement structuré autour d’une filiale de la Snh, Tradex, et du consortium Ariana/RCG de l’homme d’affaires libanais Azzam Makhlouf.
Cette participation, selon l’auditeur, n’apparaît nulle part dans les états financiers de la société d’Etat.
La Snh, pour se justifier, évoque l’existence de deux comptabilités distinctes dans la maison, dont l’une retrace les opérations réalisées dans le cadre du mandat de l’État, et l’autre concerne les activités propres de la société.

Pour la direction de la Snh, donc, l’implication dans le projet Cstar relève du mandat de l’État et ne doit donc pas figurer dans les comptes de fonctionnement de l’entreprise, une version remise en cause par le commissaire aux comptes, pour qui l’incidence de cette omission se traduit par une «sous-évaluation des immobilisations financières» de 5,57 milliards de l’ordre de 8,5 millions d’euros) à l’actif du bilan.

Conséquence, un virement de 200 millions de dollars reste à l’étude à la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), qui conformément à la réglementation communautaire impose un contrôle strict des changes, afin de préserver l’équilibre monétaire.

La Snh a, en fin juillet dernier et selon des sources proches du dossier, transmis à la Banque centrale une liste de 51 documents qui sont en cours d’examen à la banque centrale, qui n’exclut pas de dépêcher une mission à Dubaï pour vérifier l’effectivité du projet.

L’autre caillou, dans la chaussure de la Snh concerne le dossier Savannah Energy pour lequel, en avril 2023, elle avait déboursé 41,2 millions d’euros pour l’acquisition d’une participation supplémentaire de 10% dans le capital de Cameroon Oil Transportation Co (Cotco), entreprise en charge de l’exploitation de la section locale de l’oléoduc Tchad-Cameroun.

Les actions rachetées à la junior britannique devaient être cédées à la Snh par Savannah Midstream Investment, filiale de Savannah Energy, qui quelques mois auparavant les avait elle-même acquises auprès de la major américaine ExxonMobil.

Au courant de la transaction, les autorités tchadiennes étaient furieuses, estimant que l’opération avait été conclue sans leur autorisation et au mépris de leur droit de préemption et la Snh, sur ordre de la présidence de la République, avait dû suspendre l’accord en juin 2023, laissant finalement N’Djamena récupérer l’ensemble des actifs cédés par ExxonMobil.

Mais, 3 ans plus loin, la Snh n’a toujours pas récupéré ses fonds et ayant reclassé l’investissement en créance dans ses comptes de la SNH, alors que ce remboursement demeure suspendu à l’issue des procédures arbitrales engagées à Londres.

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