Par Éric Boniface Tchouakeu
Dans sa correspondance, Maurice Kamto est lapidaire : « Je vous informe par la présente, que dans l’intérêt supérieur de notre parti, de ses nombreux militants et sympathisants, et du peuple du changement en général, j’ai décidé de démissionner des fonctions de Président national du MRC. Cette décision prend effet à compter de ce jour ».Aucun détail supplémentaire sur les motivations de l’un des principaux opposants au Président Paul Biya.
C’est la lettre de démission de Mamadou Yacouba Mota, intervenue dans la foulée, qui apporte davantage d’indices. Le désormais ex premier Vice-Président évoque une décision « murement réfléchie dictée exclusivement par l’intérêt supérieur du MRC ». Face à « l’acharnement et à l’oppression qu’exerce le régime » à son endroit, il estime indispensable de faire « un choix de responsabilité ».
« Si ma modeste personne doit servir de prétexte ou de cible pour fragiliser les activités, ou bloquer la marche du MRC, je refuse d’en être l’instrument. En me retirant de cette fonction, je prive le régime d’un sujet de focalisation permettant à notre mouvement de poursuivre ses objectifs », conclut-il.
Cette double démission a surpris plus d’un observateur. Elle intervient après un premier départ de Maurice Kamto en juin 2025, pour se faire investir à la présidentielle du 12 octobre par le Manidem (Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie). Après l’invalidation de sa candidature, l’homme officiellement classé deuxième à la présidentielle de 2018 avait fait son retour au MRC et avait été réélu lors d’une convention extraordinaire tenue en visioconférence le 21 décembre 2025, la tenue en présentiel ayant été interdite pour menaces de trouble à l’ordre public.
Un retour contesté en justice par quatre militants depuis exclus, qui ont engagé au moins deux procédures pour contester sa régularité. Le jour même de sa nouvelle démission, le parquet du Tribunal de Première Instance de Yaoundé-Ekounou a d’ailleurs requis l’incompétence du juge, comme plaidé par les avocats du MRC.
Autre élément de contexte : fin août 2026, le Ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, avait indiqué dans une correspondance au Secrétaire Général du MRC qu’il refusait de prendre acte des décisions du congrès de décembre 2025, au motif que la réunion n’avait pas été déclarée auprès de l’autorité administrative.
C’est probablement pour lever ces obstacles juridiques à la participation du MRC aux prochaines législatives et municipales, théoriquement prévues au premier trimestre 2027 après deux reports, que Maurice Kamto et Mamadou Yacouba Mota se sont retirés. Le MRC apparaît en effet comme le probable challenger numéro un du parti au pouvoir lors de ces échéances selon plusieurs analystes, d’autant que l’ancien ministre Issa Tchiroma Bakary, officiellement classé 2ème à la dernière présidentielle mais qui continue de revendiquer la victoire, a annoncé que son parti boycottera le scrutin.
Réuni en session extraordinaire le 08 septembre au siège du parti, le Directoire du MRC a pris acte des deux démissions et convoqué, conformément aux textes, une convention extraordinaire le 10 octobre 2026 pour élire le Président et le premier Vice-Président. Rien n’indique à ce stade si Maurice Kamto, qui demeure militant du parti et n’a pas annoncé la fin de sa carrière politique, briguera à nouveau la présidence.
Quoi qu’il en soit, de par son charisme construit au fil du temps, il demeure l’atout majeur du MRC sur la scène politique nationale. Sans lui, l’organisation perdrait une bonne partie de son influence actuelle.
Une réalité qui n’est pas propre au MRC. A l’observation, ce sont davantage les leaders que les idéologies qui donnent leur poids aux différents partis politiques au Cameroun. Même le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), au pouvoir depuis toujours et dirigé par le Président Paul Biya, n’échappe pas à cette réalité.
