Par Sandra Embollo
L’affaire marque une étape inédite au Royaume-Uni. Vincent Brown, un ancien responsable rwandais installé à Londres, a été inculpé pour des faits présumés liés au génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994.
Selon le Crown Prosecution Service (CPS), le parquet britannique lui reproche un chef d’accusation de participation indirecte au génocide et six chefs de participation indirecte à des meurtres constitutifs de crimes contre l’humanité. Les faits allégués se seraient déroulés à Kigali en avril 1994.
La police britannique affirme que l’enquête, ouverte en septembre 2019 à la suite d’une demande officielle du gouvernement rwandais, a duré sept ans et impliqué une importante coopération internationale. Les enquêteurs du War Crimes Team ont notamment travaillé sur des faits présumés commis dans le quartier de Rugenge, à Kigali.
Une première devant la justice britannique
Cette procédure constitue la première affaire portée au Royaume-Uni concernant directement le génocide contre les Tutsi au Rwanda. Le CPS précise que sa décision de poursuivre a été prise après examen des éléments transmis par l’équipe chargée des crimes de guerre de la Metropolitan Police.
Vincent Brown conteste les accusations. Lors de son passage devant la justice, sa défense a indiqué qu’il entendait utiliser cette procédure pour répondre aux accusations portées contre lui.
L’affaire doit désormais suivre son cours devant la justice britannique. Le CPS rappelle que l’accusé bénéficie du droit à un procès équitable et que les procédures en cours ne doivent pas être influencées par des commentaires ou des informations susceptibles de porter préjudice au procès.
Trente-deux ans après les massacres
Le génocide contre les Tutsi a fait plus de 800 000 morts au Rwanda en 1994, selon les estimations citées par Reuters. Les poursuites engagées au Royaume-Uni interviennent donc plus de trois décennies après les faits.
Les autorités britanniques indiquent par ailleurs que plusieurs autres enquêtes concernant des personnes soupçonnées d’implication dans le génocide restent en cours au Royaume-Uni.
Au-delà du cas de Vincent Brown, cette procédure remet ainsi au premier plan la question de la poursuite, des décennies après les faits, des personnes soupçonnées de crimes internationaux commis lors du génocide contre les Tutsi.
