Home PolitiqueAmérique🇨🇲 Cameroun | Coopération sanitaire : L’accord de 510 milliards de Fcfa avec Washington, entre décryptage et rumeur

🇨🇲 Cameroun | Coopération sanitaire : L’accord de 510 milliards de Fcfa avec Washington, entre décryptage et rumeur

Signé le 1er octobre à Yaoundé, l'accord SOAG mobilise 510 milliards de Fcfa sur 2026-2030 pour le système de santé camerounais. Mais un visuel viral, relayé notamment par MMI News, le présente comme une « vente d'informations des patients ». Ce que prévoit vraiment l'accord — et ce que dit la rumeur.

0 comments

Par Hippolyte Ikome

Yaoundé, 7 octobre 2026 (Panorama Papers) – Le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, et la chargée d’affaires par intérim de l’ambassade des États-Unis, Brenda Soya, ont signé, le 1er octobre 2026 à Yaoundé, l’Accord de Don relatif aux Objectifs Stratégiques (Strategic Objectives Grant Agreement – SOAG), en présence du ministre de la Santé publique, le Dr Manaouda Malachie. Près de 510 milliards de Fcfa pourraient être mobilisés sur la période 2026-2030 : environ 240 milliards de Fcfa de contribution américaine (400 millions de dollars) et jusqu’à 270 milliards de Fcfa de ressources camerounaises (450 millions de dollars).

Dix mois après la signature du mémorandum d’entente de décembre 2025, le SOAG marque le passage à la phase opérationnelle. Les priorités : la lutte contre le VIH/Sida, la tuberculose et le paludisme, le renforcement de la surveillance épidémiologique, des laboratoires, des systèmes de données sanitaires et des chaînes d’approvisionnement pharmaceutique. L’accord vise aussi la réduction de la mortalité maternelle, néonatale et infantile, l’amélioration de la performance des districts de santé, et intègre l’approche « Une Seule Santé » — santé humaine, santé animale et environnement.

« La cérémonie d’aujourd’hui traduit un engagement pour continuer à soutenir le secteur de la santé au cours des années 2026-2030 », a déclaré Brenda Soya. Pour Alamine Ousmane Mey, « il s’agit d’améliorer ce soutien grâce aux dons, en étendant ce soutien, en renforçant notre infrastructure et en assurant que le capital humain, qui est essentiel pour le développement d’une nation, est bien géré ».

C’est le volet « systèmes de données sanitaires » qui alimente la polémique. Un visuel viral, relayé notamment par MMI News le 6 octobre et ayant suscité plus de 1 600 commentaires, présente l’accord comme une « vente d’informations des patients » aux Américains, établissant une comparaison avec un refus qui aurait été opposé par le Ghana à un dispositif similaire. Or, rien dans les documents publics de l’accord ne fait état d’une quelconque cession de données personnelles de patients : le renforcement des systèmes d’information sanitaires y figure comme un outil de pilotage des programmes de santé publique, au même titre que les laboratoires ou la surveillance épidémiologique. La comparaison avec le Ghana, elle, n’est étayée par aucun élément vérifiable à ce stade.

Le contexte est celui du premier anniversaire de la stratégie mondiale de santé « America First » : le 21 septembre à New York, le Cameroun a participé à un dîner de travail réunissant douze parties, dont sept pays africains — Cameroun, Tanzanie, Ouganda, Nigeria, Kenya, Mozambique et Éthiopie. Le partenaire américain indique avoir déjà contribué à la mise en place d’un centre d’opérations d’urgence de santé publique et à la formation de plus de 2 000 épidémiologistes de terrain.

Reste la question centrale, que la rumeur ne doit pas occulter : avec une enveloppe potentielle de 510 milliards de Fcfa, ce ne sont plus les montants annoncés qui compteront, mais leur utilisation — et les résultats mesurables sur le terrain.

You may also like

Leave a Comment