Home Culture🇫🇷 France | Prix Renaudot: Le jury maintient Thélyson Orélien et fait écho à Calixthe Beyala

🇫🇷 France | Prix Renaudot: Le jury maintient Thélyson Orélien et fait écho à Calixthe Beyala

Réuni ce mercredi 7 octobre chez Drouant, le jury du prix Renaudot, présidé par Frédéric Beigbeder, a dévoilé sa deuxième sélection : neuf romans, dont « C'était ça ou mourir » de Thélyson Orélien. Une décision qui fait écho à la position défendue sur Panorama Papers par Calixthe Beyala, laquelle interrogeait déjà les vérificateurs de l'IA sur leur traitement à géométrie variable.

0 comments

Par Ilyass Chirac Poumie

Paris, 7 octobre 2026 (Panorama Papers) – Le jury Renaudot a choisi la provocation. Connu pour ses revirements et ses choix imprévus, il a décidé de conserver dans sa deuxième sélection l’écrivain québécois d’origine haïtienne Thélyson Orélien, visé par des accusations d’un recours massif à l’intelligence artificielle pour son roman C’était ça ou mourir (Grasset) et, ultérieurement, de nombreux plagiats sur des œuvres antérieures.

« Le jury a voté sur un roman. Nous ne sommes pas Pangram. Nous ne sommes que des lecteurs. 100% humains… », a précisé Frédéric Beigbeder, président du jury cette année, joint par Le Figaro.

Rappel des faits. Le jour même où il recevait le prix du roman Fnac, le compte anonyme « Balance ton Claude » accusait Orélien, en s’appuyant sur l’outil de détection Pangram, d’avoir écrit son roman — l’un des succès de la rentrée littéraire — presque intégralement avec une IA. Or, les outils eux-mêmes se contredisent : l’AFP a soumis des passages du roman à huit détecteurs, deux concluant à une génération par IA, trois au contraire, trois autres donnant des probabilités intermédiaires entre 7 % et 59 %. Des chercheurs rappellent des cas documentés de faux positifs, où des textes primés avaient d’abord été signalés comme générés par IA avant d’être disculpés. Le cofondateur de Pangram lui-même estime que ces détecteurs ne doivent pas être considérés comme des arbitres définitifs.

C’est précisément cette prudence que défendait Calixthe Beyala dans les colonnes de Panorama Papers. Le 5 octobre, dans sa riposte à la journaliste Violaine de Montclos — qui la présentait comme une « plagiaire récidiviste », ce qu’elle conteste, n’admettant qu’une condamnation pour « plagiat partiel » sur un seul ouvrage —, l’écrivaine interpellait également Pierre Assouline au sujet des soupçons d’IA visant Thélyson Orélien. Elle lui demandait si les mêmes vérifications avaient été menées sur les ouvrages d’autres auteurs, l’invitant à répondre « sans attaquer la personne qui pose la question ». À ses yeux, le traitement réservé à l’écrivain relevait d’une sévérité à géométrie variable.

Malgré ces incertitudes, le 25 septembre, l’académie Goncourt annonçait retirer le livre de sa première liste, afin « d’affirmer que nous ne cautionnons ni n’adoubons d’une façon ou d’une autre la création de textes générés avec l’aide de l’IA ». Le président du jury, Philippe Claudel, expliquait même que tous les livres encore en compétition avaient été filtrés par Pangram. Mardi 6 octobre, le Femina l’écartait à son tour de sa deuxième sélection.

Le Renaudot fait donc cavalier seul. Voici les neuf romans retenus : Boris Bergmann (Minotaure, Albin Michel), Jean-Marie Blas de Roblès (Cipango, Zulma), Hemley Boum (Nos vies sauvages, Gallimard), François-Henri Désérable (Le Palais, Gallimard), David Djaïz (La méthode, Stock), Osvalde Lewat (Un corps indocile, Philippe Rey), Thélyson Orélien (C’était ça ou mourir, Grasset), Anne Percin (Eugénie sous les bombes, Buchet Chastel) et Marie Petitcuénot (Heures sauvages, Héloïse d’Ormesson). Six essais complètent la sélection, dont ceux de Jean-Paul Enthoven, Luz, Olivier Rolin et Joy Sorman.

Les finalistes seront désignés le 28 octobre, et le lauréat — qui succédera à Adélaïde de Clermont-Tonnerre, couronnée l’an dernier pour Je voulais vivre — proclamé le 3 novembre chez Drouant. D’ici là, la question posée par Beyala planera sur la saison des prix : juger le roman, ou juger la machine qui prétend l’avoir lu ?

You may also like

Leave a Comment