Par Ilyass Chirac Poumié
Le Cameroun est secoué depuis l’annonce du décès d’Anicet Ekane, président du Manidem, mort en détention après plusieurs semaines sans accès à l’oxygène dont il dépendait pour survivre. De Yaoundé à Douala, de la société civile aux milieux politiques, les réactions indignées s’enchaînent depuis plusieurs heures, pointant toutes la responsabilité directe des autorités dans la disparition du leader politique.
Sur les réseaux sociaux, de nombreux témoignages accusent la chaîne politico-sécuritaire du régime d’avoir fabriqué de toutes pièces la procédure qui a conduit à son arrestation puis à son maintien dans un lieu de détention extralégal. Des personnalités comme Ernest Obama, Bruno Bidjang, Christophe Bia, Bayimina Louis alias Shance Lion et Marthe-Cécile Micca sont à nouveau désignées par des lanceurs d’alerte comme membres d’une milice numérique instrumentalisée par le pouvoir pour diaboliser l’opposition et préparer les opérations de répression lors de la dernière présidentielle.
Selon plusieurs sources politiques et citoyennes, c’est à ce même réseau, présenté comme proche du cabinet civil de la présidence, qu’auraient été envoyées les images d’armes et de faux procès verbaux présentés comme preuves lors des arrestations d’Anicet Ekane et de Djeukam Tchameni à Douala.
Sur son mur Facebook, l’homme politique et journaliste Alex Gustave Azebaze dénonce une punition jusqu’à la mort infligée à Ekane pour son engagement constant en faveur de l’alternance, tandis que la militante des droits humains Me Alice Nkom, visiblement bouleversée, parle d’une honte nationale criminelle. Elle accuse le régime d’avoir retiré volontairement à un homme gravement malade l’oxygène qui le maintenait en vie, et décrit Ekane comme un homme intègre sacrifié pour avoir exigé la vérité des urnes.
La journaliste Kristin Babanda rappelle quant à elle les semaines d’omerta entourant les rumeurs de décès, confirmées trop tard par les autorités. L’ancienne dirigeante politique Alice Sadio dénonce un passage de vie à trépas rendu inévitable par la privation volontaire de soins.
Dans un témoignage particulièrement détaillé, Me Hippolyte Meli Tiakouang, avocat d’Anicet Ekane, explique que celui-ci est mort en détention illégale, sans inculpation, sans présentation à un juge, auditionné une seule fois par des officiers qui l’ont maintenu dans une structure transformée en centre de détention informel. Selon lui, Ekane avait clairement désigné comme responsables du conflit né des résultats électoraux le ministre de l’Administration territoriale Atanga Nji, le président du Conseil constitutionnel Clément Atangana et Paul Biya. Il aurait demandé à être entendu exclusivement par eux.
L’avocat accuse l’armée d’avoir administré une mort lente en privant le président du Manidem d’accès à l’oxygène, dénonçant une chaîne complète de faux: fausse liste électorale, faux corps électoral, fausse présidentielle, faux résultats, faux dossier judiciaire. Il décrit une République où seules les arrestations, les violences, les détentions arbitraires et les décès en détention demeurent authentiques.
Partis politiques, Ong locales et internationales, organisations de défense des droits humains et représentants diplomatiques sont directement interpellés par les acteurs de la société civile dans les heures qui suivent la confirmation du décès. Les mots d’ordre de villes mortes, les appels à la résistance pacifique et les accusations de dictature reviennent massivement sur les plateformes publiques.
La mort d’Anicet Ekane devient en quelques heures un symbole national. Pour ses proches et pour une large partie de l’opinion, elle incarne la brutalité d’un système politique qui ne recule devant rien pour briser ses opposants.
Anicet Ekane, président du Manidem, est une figure constante de l’opposition camerounaise depuis les années 1990. Arrêté dans le contexte postélectoral contesté d’octobre 2025, il a été maintenu dans un régime de détention dénoncé comme illégal par ses avocats. Son décès suscite une explosion d’indignation dans un climat politique marqué par les accusations de fraude massive, de répression et de violations graves des droits humains. Les réactions publiques s’inscrivent dans la continuité des mobilisations pour l’alternance et contre les violences d’État observées depuis plusieurs mois.
