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🇨🇲Cameroun | 8 femmes tuées en 8 jours: Le silence assourdissant du gouvernement

Au Cameroun, les féminicides ne sont plus seulement des drames isolés. Ils s’enchaînent, alimentent l’indignation et finissent par poser une question à savoir que fait réellement l’État pour empêcher ces femmes de mourir ? À la tête du ministère chargé de la Promotion de la Femme et de la Famille, le Pr Marie-Thérèse Abena Ondoa ne peut pas être tenue responsable de chaque crime. Mais face à la répétition des meurtres, son bilan et l’efficacité de son ministère méritent désormais d’être interrogés.

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Par Julie Peh

À Logpom, dans la ville de Douala, une jeune mère de deux enfants a été tuée à son domicile. Son compagnon, soupçonné d’être impliqué dans ce meurtre, a été interpellé. Une enquête est en cours pour établir les circonstances exactes du drame. Cette affaire survient alors que plusieurs autres meurtres de femmes ont été signalés ces derniers jours à travers le Cameroun. Le chiffre de huit femmes tuées en huit jours circule sur les réseaux sociaux et dans plusieurs publications, sans qu’un bilan officiel consolidé ne soit encore venu le confirmer. Mais au fond, le débat ne devrait pas se limiter à savoir si elles sont huit, sept ou moins. Combien faut-il de femmes mortes pour que l’État considère qu’il y a urgence ?

Le gouvernement ne peut pas dire qu’il découvre aujourd’hui la gravité des violences contre les femmes.
Le phénomène est documenté. Le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille possède des stratégies, des rapports et des programmes consacrés aux violences basées sur le genre. La ministre Marie-Thérèse Abena Ondoa a elle-même, à plusieurs reprises, reconnu la nécessité de renforcer la prévention et la protection des femmes. Le Cameroun dispose d’une Politique nationale genre, de mécanismes de lutte contre les violences basées sur le genre et de partenariats avec des organisations internationales. Sur le papier, donc, l’arsenal existe. Pourquoi une femme qui se sait menacée peine-t-elle encore à trouver un dispositif public clair capable de la mettre immédiatement en sécurité ? Où va-t-elle lorsqu’elle décide de fuir son conjoint ? Existe-t-il, dans chaque région, un refuge public accessible vingt-quatre heures sur vingt-quatre ? Existe-t-il un numéro d’urgence national, connu de toutes, permettant de déclencher une intervention et une mise à l’abri immédiate ? Quelle protection concrète est offerte à une femme qui annonce : « Mon compagnon va me tuer » ?

C’est ici que le fossé entre les politiques annoncées et la réalité devient préoccupant. Car un rapport ne protège personne. Une stratégie ne met pas une victime à l’abri. Et une campagne de sensibilisation ne remplace pas une porte derrière laquelle une femme menacée peut dormir en sécurité.

Soyons clair, Marie-Thérèse Abena Ondoa n’est ni procureure de la République, ni commissaire de police, ni juge. Elle ne peut pas arrêter les hommes violents. Elle ne peut pas empêcher, seule, chaque féminicide. Mais elle est la ministre chargée de porter, au sein du gouvernement, la question des droits, de la protection et de la promotion des femmes. Et c’est précisément pour cela que son action doit être questionnée. Car un ministère ne se juge pas uniquement sur le nombre de cérémonies organisées, de séminaires tenus ou de partenariats signés. Il se juge aussi sur sa capacité à transformer la vie de celles qu’il est censé défendre. Alors, après des années de stratégies et de programmes, qu’est-ce qui a réellement changé pour la femme camerounaise menacée de mort dans son foyer ?C’est la question que le ministère doit accepter d’entendre.

Parce que les Camerounaises ne vivent pas dans les rapports administratifs. Elles vivent dans des quartiers où les violences conjugales sont parfois considérées comme des affaires privées, avec la peur de porter plainte sans être prises au sérieux et dépendent parfois financièrement de l’homme qui les frappe. Lorsqu’elles décident de partir, beaucoup ne savent tout simplement pas où aller. Le véritable échec n’est peut-être pas l’absence totale d’action. Le véritable problème, c’est l’absence de résultats suffisamment visibles et suffisamment puissants pour changer la trajectoire du phénomène.

Depuis des années, les violences faites aux femmes font l’objet de campagnes. Pourtant, les féminicides continuent. Depuis des années, les autorités promettent la prévention. Malheureusement les victimes meurent encore dans des contextes où les violences étaient parfois déjà connues de leur entourage. On parle de protection. Mais où est le système national de protection d’urgence capable de répondre immédiatement à une femme en danger ? C’est là que la responsabilité de Madame la ministre devient politique. Son rôle n’est pas seulement d’accompagner les victimes après le drame. Son rôle devrait aussi être de faire du sort des femmes une priorité gouvernementale impossible à ignorer. De réclamer des moyens , de pousser les réformes ,d’exiger des mécanismes d’urgence et de demander des comptes aux administrations chargées de protéger les victimes. Elle devrait faire en sorte que la lutte contre les féminicides ne soit plus une affaire traitée uniquement lors du 8 mars ou des campagnes contre les violences basées sur le genre.

Car pendant que les institutions réfléchissent, les femmes, elles, meurent sous des coups. À quoi sert une politique de promotion de la femme si, au moment où sa vie est directement menacée, elle ne sait pas quelle institution peut concrètement la sauver ? Il ne s’agit pas ici de demander à Marie-Thérèse Abena Ondoa de répondre personnellement de chaque meurtre. Il s’agit de lui demander autre chose. Quel bilan concret présente-t-elle aujourd’hui en matière de protection des femmes contre les violences mortelles ? Combien de femmes ont été mises à l’abri grâce aux dispositifs de son ministère ? Combien de structures d’accueil sont opérationnelles et accessibles ? Combien de victimes bénéficient réellement d’une assistance juridique et psychologique ? Quels mécanismes permettent aujourd’hui d’identifier une femme en danger avant qu’elle ne devienne une victime de féminicide ?
Et surtout, quelles nouvelles mesures d’urgence seront prises maintenant ?

Car le temps des constats devrait être terminé. Le ministère connaît le problème. Le gouvernement connaît le problème. La société civile connaît le problème. Les familles des victimes le connaissent dans leur chair. Il est donc temps de passer à une logique de résultats. Une femme menacée doit savoir exactement qui appeler. Une femme qui fuit doit savoir où dormir. Une femme qui porte plainte doit être protégée. Et un homme violent doit comprendre que l’État interviendra avant qu’il ne soit trop tard. Voilà ce que les Camerounaises sont en droit d’attendre. Pas seulement de la ministre. Mais de tout un gouvernement. Car le véritable drame serait que chaque nouveau féminicide provoque quelques jours d’émotion avant d’être remplacé par le suivant.

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