Par Ilyass Chirac Poumié
Créé en 2018 par l’artiste visuelle Dione Roach et le producteur Steve Happi, alors lui-même incarcéré à New Bell, Jail Time Records est présenté comme le premier studio d’enregistrement permanent implanté dans une prison en Afrique. Depuis son lancement, des centaines de détenus y ont enregistré des milliers de morceaux mêlant hip-hop, afro, gospel, R&B et musiques traditionnelles. L’objectif est de faire de la musique un outil de réinsertion, d’expression personnelle et de reconstruction sociale.
Le projet est aujourd’hui mis en lumière à l’international grâce au documentaire “Jail Time Records”, réalisé par Dione Roach et Steve Happi. Présenté au Tribeca Festival 2026 à New York, le film suit notamment les parcours de trois artistes détenus – Stone, Empereur et Transporteur – et montre comment la création musicale leur offre une échappatoire au quotidien difficile de New Bell, une prison construite pour environ 800 détenus mais qui en accueille près de 6 000.
Au-delà de la prison, l’initiative s’est progressivement transformée en véritable plateforme culturelle. Elle accompagne également d’anciens détenus après leur libération, a ouvert un studio extérieur à Douala pour favoriser leur réinsertion et développe désormais des programmes destinés aux jeunes des quartiers défavorisés afin de prévenir la délinquance. Le modèle a même été exporté au Burkina Faso, où un studio similaire fonctionne désormais au sein de la prison de Ouagadougou.
À travers Jail Time Records, la musique devient bien plus qu’un divertissement : elle offre une voix à des hommes souvent réduits au silence et démontre que le talent peut émerger même dans les environnements les plus difficiles.

https://shorturl.fm/yRtT6