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SPÉCIAL – Cameroun > An 40 du Renouveau: Paul Biya, quand les réalités du terrain démentent le discours du maître de la formule choc

S’inscrivant dans la continuité de l’œuvre de son «illustre prédécesseur», Paul Biya entame, le 6 novembre 1982, son magistère sous le signe de «la rigueur dans la gestion» de la chose publique.

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Par Félix C. Ebolé Bola

S’inscrivant dans la continuité de l’œuvre de son «illustre prédécesseur», Paul Biya entame, le 6 novembre 1982, son magistère sous le signe de «la rigueur dans la gestion» de la chose publique. Il affine son discours, et quelques semaines plus tard instaure la «rigueur dans la gestion de la fortune publique» et la «moralisation des comportements publics». Ça tombe plutôt bien, vu que l’ère Ahidjo a laissé comme un fort parfum de gabegie. Le «Renouveau national» proclame certes une suite linéaire, mais n’en propose pas moins une rupture d’avec les années post-indépendance.

Las ! Les événements vont se charger de contrarier ce bel élan discursif. En 1998 et 1999, le Cameroun est classé au dernier rang de l’indice de perception de la corruption de l’Ong Transparency International (TI). Il occupe ainsi le vertueux rang de champion du monde de la corruption. Et il ne s’est pas beaucoup éloigné de ces eaux depuis lors. «La corruption au Cameroun demeure alarmante, malgré une hausse de deux points cette année soit 27/100 pour un classement à la 144è place, par rapport à l’année dernière (25/100), la gangrène s’étend de plus en plus et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin si les mesures strictes et efficaces ne sont pas prises par le gouvernement», commentait TI en janvier dernier.

Plus grave : à cette gangrène se sont ajoutés les crimes économiques, perpétrés par ceux-là mêmes en charge de la gestion de la chose publique. Ici, l’unité de mesure est le milliard de francs. L’affaire s’est tellement démocratisée qu’aujourd’hui, c’est tout un gouvernement qui se retrouve derrière les barreaux à la faveur de la très controversée «Opération épervier», qui pour certains vise davantage l’épuration politique du système.

En fin 1987, alors que les vagues de la récession commencent à affluer sur son pays, Paul Biya reste droit dans ses bottes. Il reconnaît certes quelques couacs qu’il attribue à la conjoncture internationale, mais il n’est pas question selon lui que le Cameroun aille frapper à la porte du Fonds monétaire international (Fmi). Répondant à Eric Chinje, sur la Ctv, le chef de l’Etat décrète la souveraineté économique : «J’ai donné, déclare-t-il, des directives dans tous les ministères pour que priorité soit donnée à la consommation des biens produits par le Cameroun.»

Ici encore, les éléments vont se charger de le démentir. Entre 2007 et 2020, par exemple, le Cameroun a perdu quelque 8000 milliards de francs dans ses échanges économiques avec le reste du monde. Le pays importe jusqu’aux allumettes et autres cure-dents. Et le déficit de la balance de paiements est en constant déficit depuis des décennies. Pour la fameuse «agriculture de seconde génération» ou les «Agropoles», il faudra repasser. Et Yaoundé reste, sans doute pour longtemps encore, accroché aux directives comminatoires du Fmi et de la Banque mondiale.

Mais ceci n’empêche pas le Président de préciser sa pensée politique dans «Pour le libéralisme communautaire», paru en 1987. Il libéralise la sphère politique, octroie une liberté surveillée aux médias et associations. Paul Biya va plus loin, devant les députés en juin 1991: «Graduellement et méthodiquement, nous avons libéralisé et démocratisé la vie nationale. Toutes les lois susceptibles de porter atteinte aux libertés individuelles et collectives ont été supprimées ou révisées de fond en comble ; nous avons instauré le multipartisme. La liberté de la presse et la liberté d’opinion sont garanties.»

Les multiples restrictions sur les libertés publiques, que vivent aujourd’hui les Cameroun malgré un semblant de pluralisme politique et médiatique, sont là pour démontrer que le pays est tout, sauf un modèle de démocratie ou de justice sociale. On a beau regarder dans tous les sens, nulle part on ne voit en quoi le leader de l’Afrique centrale a amélioré ses performances en droite ligne des prescriptions de son chef.
On en veut pour preuve que les différentes politiques dites de développement, instaurées depuis 2003 avec le Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (Dsrp), puis le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (Dsce, 2010-2020), n’aient en rien amélioré le quotidien des citoyens. Echecs, donc. En attendant que la Stratégie de développement du Cameroun (Snd30), en vigueur depuis novembre 2020, s’avère elle aussi un leurre.

Et qui, mieux que Paul Biya lui-même, pour constater les mirages de ses stratégies de développement et de gouvernance ? «Nous avons encore sans aucun doute des marges de progression pour améliorer l’efficacité de notre politique économique. Nous disposons d’une stratégie pour la croissance et l’emploi qui indique la voie à suivre pour atteindre nos objectifs. Mais d’où vient-il donc que l’action de l’Etat, dans certains secteurs de notre économie, paraisse parfois manquer de cohérence et de lisibilité ? Pourquoi, dans bien des cas, les délais de prise de décision constituent-ils encore des goulots d’étranglement dans la mise en œuvre des projets ? Comment expliquer qu’aucune région de notre territoire ne puisse afficher un taux d’exécution du budget d’investissement public supérieur à 50% ? Enfin, il est permis de s’interroger sur l’utilité de certaines commissions de suivi de projets, qui ne débouchent sur aucune décision», soliloque-t-il, dans son message à la nation du 31 décembre 2013.

Autre aveu d’impuissance du même, le 10 septembre 2019 : «En fait, il y a lieu de reconnaitre, au plan général, que la nature humaine est ainsi faite qu’il n’y aura jamais assez de postes de responsabilité pour satisfaire toutes les régions, tous les départements, les arrondissements, les villes, villages, familles et citoyens de notre pays. Chaque choix continuera de provoquer de la joie lorsque l’on sera distingué et de la tristesse lorsqu’on ne le sera pas. Il est cependant indispensable que nos mentalités évoluent sur ce point. S’il est nécessaire de tenir compte de l’équilibre régional dans des pays neufs, à la structuration sociologique diverse tel que le nôtre, il est indispensable de rappeler que les Ministres et autres responsables ne sont pas nommés seulement pour servir leurs régions, leurs villages ou leurs familles, mais l’ensemble de la communauté nationale. Ils doivent être au service de l’intérêt général et non des intérêts particuliers. C’est pourquoi, depuis mon accession au pouvoir, je n’ai cessé et je ne cesserai de mener, avec acharnement, la lutte contre la corruption et les détournements de fonds publics et de promouvoir la bonne gouvernance.» Fermez le ban.

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