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SPECIAL – Cameroun > De 1982 à 2022: Comment Paul Biya a virussé la démocratie avec son système électoral

Malgré la multitude des partis politiques dans la société camerounaise, de 1982 jusqu'à nos jours, la pratique de la démocratie reste encore pour nombreux acteurs, un leurre.

Par panorama
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Par Rostand TCHAMI

“Je voudrais qu’on se souvienne de moi comme celui qui a apporté la démocratie et la prospérité au Cameroun”. Déclaration faite par le président de la République, Paul Biya, à Yves Mourousy le 21 juillet 1990, sur Radio monté Carlo (Rmc). Au cours de la même interview, il déclarait : « les peuples veulent la liberté et si vous voulez rester au pouvoir, il faut donner la liberté aux gens ». Des déclarations pour lesquelles, de prime abord, on pourrait décerner des Oscars à l’auteur. Car c’est après son accession à la magistrature suprême le 06 novembre 1982, que Paul Biya a, en 1990, instauré un système politique multipartite. Il a de ce fait, tourné la page à l’ère du parti unique dominé par l’Union nationale camerounaise (Unc) fondé par l’ancien président Ahmadou Ahidjo. Seulement, après avoir découvert que les partis politiques d’opposition tentent de former une coalition, il décide de suspendre le processus. Critiqué dans la presse, il suspend aussi la liberté d’expression au printemps 1991 et impose la censure. S’en suivra le boycott des élections présidentielles de mars 1992 par les partis d’opposition. Après une longue période de tensions et un essai de consensus, c’est finalement le 11 octobre 1992 que Paul Biya remporte l’élection présidentielle de justesse sous sa forme multipartite. Cette victoire est toutefois suivie des accusations de fraude.

C’est devenu quasiment le même refrain des partis d’opposition après la tenue des différentes élections au Cameroun. En 1997, en 2004, en 2011 et récemment en 2018, la victoire de Paul Biya ou alors du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) -qui a remplacé l’Unc-, est toujours adossée par l’opposition, à la fraude. Une fraude qui est, à n’en point douter, favorable au parti au pouvoir à cause du système électoral qui est faussé à la base. C’est d’ailleurs ce qui pousse le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) à se lancer dans une contestation électorale au lendemain des élections présidentielles de 2018. Le parti d’opposition que dirige le Pr Maurice Kamto, estime que sa victoire a été volée par le parti au pouvoir grâce à la fraude. Dans ce même sillage, certains observateurs montent au créneau pour dénoncer les fraudes qui ont émaillé les élections.

C’est ainsi que Mgr Samuel Kleda, président de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (Cenc) d’alors, commet un rapport dans lequel il met à nu tous les cas de fraude recensés dans les bureaux de vote sur l’ensemble du territoire national. À sa suite, le célèbre journaliste Jean Bruno Tagne publie un ouvrage intitulé ” Accordée avec fraude “. Toutes choses qui amènent les militants du Mrc à lancer des marches pacifiques pour, entre autres, réclamer la révision du code électoral. Ils n’auront pas de réponses favorables. Nombreux seront arrêtés et jetés en prison pour avoir effectué des “manifestations publiques non autorisées”. Si certains ont recouvré la liberté après des mois et des années d’incarcération, d’autres par contre, méditent encore sur leur sort dans des prisons du pays. Une autre raison du boycott des élections législatives et municipales de 2020 par le Mrc. Et rendu à deux ans des élections présidentielles de 2025, ledit code est toujours inchangé.

L’hypothèse de la coalition

Les acteurs politiques de l’opposition iront-ils à nouveau à une élection pour laquelle ils connaissent déjà d’entrée de jeu, le vainqueur ? L’éventualité d’une coalition des partis d’opposition peut-elle changer la donne ? Les résultats de l’analyse profonde du landerneau politique, nous éloignent davantage de ces hypothèses. La crise de confiance et la guerre du leadership qui existent entre les politiciens en sont les principales raisons. L’un des clichés parlants, ce sont les propos tenus par Axel Ebe, militant du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (Pcrn) au cours de l’émission “Le débrief” du 1er novembre dernier sur les antennes de Canal 2 international. Concernant l’hypothèse de la coalition, il révèle « qu’iI y a eu deux rencontres en 2018 entre le professeur Kamto et l’honorable Cabral Libii. C’était en présence de Bertrand Onana dans le camp de Cabral Libii et Jules Domche dans le camp de Maurice Kamto. La première rencontre a abouti à un accord et la deuxième devait aboutir à la signature (…) A notre grande surprise, le professeur a dit “Cabral tu n’as pas la technologie nécessaire pour gagner une élection au Cameroun”. Le professeur Kamto lui a demandé de s’aligner
sans condition derrière lui “. Au regard du déroulement des élections de 2018, c’est visiblement une proposition que le leader du Pcrn a décliné. Toujours lors de l’émission sus-évoquée, Gaël Soh Kuete, secrétaire général à l’économie du Mrc, a souligné qu’une véritable coalition est impossible parce que, dit-il, ” le pouvoir a infiltré certains partis d’opposition “. Ce qui fait “qu’on a d’une part, les partis d’opposition et d’autre part, les partis d’opposition de l’opposition “. Dans ces conditions, la pratique de la démocratie est donc cadenassée par celui qui a pourtant souhaité qu’on retienne de lui, celui qui a apporté la démocratie au Cameroun. Sa longévité au pouvoir (40 ans) est d’ailleurs l’une des caractéristiques des régimes dictatoriaux. Il serait donc, comme le pense plusieurs observateurs, beaucoup plus dictateur que démocrate.

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